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Contraception chez la femme adulte et l'adolescente : prescription initiale et suivi

Mise à jour par la HAS 01/07/2019

À retenir

  • La contraception est choisie par et avec la patiente, en impliquant si possible le partenaire.
  • Une consultation dédiée avec anamnèse et examen physique est nécessaire (l'examen gynécologique pouvant être différé).
  • Le suivi est important, en recherchant notamment la tolérance et l'observance.
  • Informer sur les IST et proposer un dépistage.
  • Informer sur la contraception d’urgencehas0023f et la conduite à tenir en cas d’oubli de pilule .

Consultation dédiée

  • Pour toute première demande contraceptive : nécessité d'une consultation dédiée et personnalisée pour délivrer une information claire sur les méthodes contraceptives disponibleshas0043f (y compris la stérilisationhas0025f).
  • L'implication du partenaire dans le choix de la contraception peut avoir des conséquences positives sur l'observance et l'acceptation de la méthode.

Anamnèse

  • Mode de vie (âge, tabac, pratiques sexuelles pour évaluer le risque infectieux), méthodes de contraception utilisées, date des dernières règles, allaitement en cours
  • Nombre d'enfants, antécédents de fausses couches et d'interruptions volontaires de grossesse (IVG)
  • Antécédents familiaux chez les apparentés au 1er degré d'accidents thromboemboliques veineux ou artériels (âge et si possible circonstances de survenue), hypertension artérielle (HTA), diabète, dyslipidémie
  • Antécédents personnels :
    • accidents thromboemboliques veineux ou artériels, HTA, diabète, dyslipidémie, migraine avec ou sans aura
    • autres antécédents médicaux (cardiovasculaires et neurologiques), chirurgicaux ou gynéco-obstétricaux (notamment infections sexuellement transmissibles (IST), grossesses extra-utérines (GEU), cancers, pathologie ou chirurgie utérine, trophoblastique ou vaginale)
  • Traitements en cours (anticiper de possibles interactions médicamenteuses)

Examen physique

  • Examen général, poids, taille, IMC, tension artérielle
  • Examen gynécologique avec frottis du col utérin à partir de 25 ans. Il peut être expliqué et programmé pour une consultation ultérieure, notamment lorsqu'il s'agit d'une adolescente.

Examens complémentaires

Contraception hormonale œstroprogestative (pilule, patch, anneau)

  • Cholestérol total, triglycérides et glycémie à jeun
Tableau 1. Critères et délai de réalisation du bilan glycémique et lipidique

Dispositif intra-utérin

  • Ecarter les risques de grossesse, de GEU et de maladie inflammatoire pelvienne.
  • Rechercher une infection à Chlamydia trachomatis et Neisseria gonorrhoeae en présence de facteurs de risque infectieux (IST, infection génitale haute en cours ou récente, âge < 25 ans, partenaires multiples).
  • Ces examens sont gratuits en centre de planification ou d'éducation familiale.

Informations à délivrer

  • Concernant les méthodes contraceptives :
    • le mécanisme d'action et mode d'emploi
    • l'efficacitéhas0022f, contre-indications, risques et effets indésirables possibles, procédure pour l'instauration et l'arrêt (ou le retrait), la conduite à tenir en cas d'oubli de pilule ou de retard à la mise en place d'un patch ou d'un anneau, de décollement de patch ou de perte de l'anneau vaginal, coût, remboursement et reste à charge, etc.
    • le risque d'accidents thromboemboliques veineux ou artériels, surtout la 1ère année après l'instauration de la méthode oestroprogestative ou après son interruption et reprise (informer sur les symptômes évoquant ces complications : fiche info patiente Vous et... vos contraceptifs estroprogestatifs )
    • signaler à tout médecin la prise d'une contraception hormonale en cas de traitement intercurrent (risque d'interaction médicamenteuse), d'intervention chirurgicale, d'immobilisation prolongée et de longs voyages en avion
    • anticiper ses renouvellements d'ordonnance. Possibilité de faire renouveler une fois leur contraceptif oral pour une période supplémentaire de 6 mois par le pharma­cien ou l'infirmière sur présentation d'une ordonnance datant de moins de 1 an
    • le retour à la fertilité est immédiat à l'arrêt de la contraception (sauf pour les méthodes de stérilisation qui sont irréversibles et pour le progestatif injectable (Depo Provera®) dont le retour de la fertilité peut être différé de 3 à 12 mois après la fin théorique de l'activité du produit)
  • Concernant la contraception d'urgencehas0023f en cas de rapport non protégé : rappeler que la contraception d'urgence hormonale est une méthode de rattrapage ne visant pas à être uti­lisée de façon régulière.
  • Concernant les IST/sida, la prévention par les préservatifs (masculin et féminin), les centres de dépistage gratuits CeGIDD.
  • Concernant l'aide au sevrage en cas de tabagisme, voir le dépistage et l’évaluation initialehas0028f et voir les stratégies thérapeutiqueshas0029f.

Conduite à tenir en cas d'oubli de pilule ou autres situations

Conduite à tenir en cas d'oubli de pilule

Tableau 2. Conduite à tenir en cas d'oubli de pilule

Conduite à tenir en cas de retard à la mise en place ou de décollement du patch

  • En cas de décollement partiel ou total de moins de 24 heures ou retard d'application de moins de 48 heures :
    • pas de risque de grossesse
    • recoller s'il colle encore (sans ajouter d'adhésif) ou remettre aussitôt un nouveau patch. Une réaction cutanée étant possible, changer de site d'application à chaque changement de patch
  • Au-delà, il existe un risque de grossesse : voir contraception d'urgencehas0023f
  • Pour plus d'informations, voir le site questionsexualite.fr.

Conduite à tenir en cas de retard à la mise en place ou de perte de l'anneau vaginal

  • Anneau resté < 3 heures hors du vagin ou laissé en place entre la 3e et la 4e semaine :
    • pas de risque de grossesse
    • s'il a été expulsé < 3 heures : le réinsérer après l'avoir rincé à l'eau froide ou tiède (ne pas utiliser d'eau chaude)
    • s'il est resté en place entre la 3e et la 4e semaine : mettre aussitôt un nouvel anneau
  • Anneau resté > 3 heures hors du vagin ou laissé en place au-delà de la 4e semaine ou intervalle sans anneau > 7 jours :
  • Pour plus d'informations, voir le site questionsexualite.fr.

Conduite à tenir en cas de diarrhées

  • En cas de diarrhées importantes ou de vomissements dans les 4 heures après la prise d'un comprimé actif, reprendre un comprimé.
  • L'efficacité des patchs et anneaux ne sont pas altérées par la survenue de diarrhées ou vomissements.

Suivi clinique et biologique

Observance, tolérance et adéquation de la méthode

  • Évaluer l'adéquation de la méthode contraceptive et la satisfaction de la femme.
  • Réévaluer les modifications de situation personnelle et les risques en fonction de la méthode choisie.
    • la littérature fait état d'une possible augmentation du risque thromboembolique veineux et artériel en fonction des doses d'éthinylestradiol contenues dans les contraceptifs oestroprogestatifs.
    • chez les femmes utilisant une contraception oestroprogestative de 3e génération contenant du désogestrel ou du gestodène, et de 4e génération contenant de la drospirénone, le surrisque thrombo-embolique veineux ne justifie pas un arrêt brutal de cette celle-ci. À l'issue de la prescription en cours, le prescripteur envisagera avec la patiente une autre méthode contraceptive plus appropriée.
  • Évaluer l'observance, et réitérer les conseils sur la conduite à tenir en cas d'oubli et sur la contraception d'urgencehas0023f.
  • Rappeler les principes de protection contre les IST.
  • Refaire une information sur les possibilités de sevrage en cas de tabagisme : voir le dépistage et l’évaluation initialehas0028f et voir les stratégies thérapeutiqueshas0029f.

Examen clinique

  • Le suivi médical comporte :
    • une anamnèse : problèmes de santé depuis la dernière consultation, prise de médicaments, effets indésirables
    • un examen physique : examen général, poids, taille, IMC, TA, examen des seins et gynécologique si besoin
    • en cas de DIU : examen gynécologique 1 à 3 mois après la pose pour vérifier sa non expulsion, sa bonne tolérance et l'absence d'inflammation pelvienne puis 1 fois par an
    • un frottis cervico-utérin : voir Dépistage du cancer du col de l’utérushas0044f
    • des examens biologiques : cholestérol total, triglycérides et glycémie à jeun 3 à 6 mois après toute première prescription puis tous les 5 ans si contraception estroprogestative (pilule, anneau ou patch)
  • Programmer la consultation suivante à 3 mois avec les résultats biologiques puis généralement une consultation par an ou autant que nécessaire.

Particularités chez la femme adulte

Risque cardio-vasculaire et contre-indications selon l'âge

Voir : Contraception chez la femme à risque cardio-vasculaire

  • Augmentation du risque cardio-vasculaire avec l'âge et modification du rapport bénéfice/risque des méthodes
  • La contraception oestroprogestative est contre-indiquée :
     
    • avant 35 ans : en cas de migraines avec aura ; et surrisque de thrombose artérielle à prendre en compte en cas de tabagisme
    • après 35 ans : en cas de tabagisme ou de migraines, avec ou sans aura. La substitution par une méthode progestative seule ou par une autre contraception est recommandée

Péri-ménopause et risque de grossesse

  • Le risque de grossesse diminue avec l'âge mais reste possible jusqu'à l'arrêt complet du fonctionnement ovarien (ménopause).
  • L'âge de la ménopause ne peut être déterminé de manière précise individuellement :
    • informer sur la nécessité d'être attentive à la survenue de signes évocateurs de ménopause pouvant être masqués en fonction de la méthode choisie
    • réévaluer à chaque consultation l'intérêt de la contraception et sa poursuite jusqu'à la certitude du diagnostic de ménopause (arrêt des règles >1 an)
  • En péri-ménopause, il peut être proposé d'interrompre la contraception hormonale pendant quelques mois, tout en conseillant l'usage d'une méthode barrière.

Particularités chez l'adolescente

Une consultation gratuite et confidentielle

  • De préférence sans les parents, en toute confidentialité et gratuitement (une cotation dédiée permet la prise en charge à 100% par l'Assurance Maladie).
  • Si l'adolescente est accompagnée par ses parents, proposer un temps de consultation uniquement avec elle.
  • Informer sur l'existence des centres de santé sexuelle (ex-CPEF), la méthode contraceptive et les actes liés à la contraception.

Anamnèse

  • Évoquer les connaissances de la patiente sur la physiologie, les méthodes de contraception connues et/ou utilisées, la compréhension des risques de grossesse, son activité sexuelle, l'exis­tence d'une grossesse antérieure.
  • Recueil des antécédents personnels ou familiaux.
  • Rechercher des comportements à risque (addictions, dépression, difficultés scolaires, manque de soutien familial, niveau d'éducation et de revenus) et évaluer la possibilité de contrainte ou violence dans les relations sexuelles.

Examen clinique et gynécologique

  • Examen clinique :
    • examen général, taille, poids, TA, tension artérielle
    • impor­tance et localisation de l' acnéhas0010f, pilosité
  • Examen gynécologique non nécessaire lors de la 1ère consultation, sauf symptômes ou antécédents le justifiant. Il peut être expliqué et programmé pour une consultation ultérieure.

Informations à délivrer

  • Expliquer que le risque de grossesse existe dès l'apparition des premières règles et dès le premier rapport sexuel.
  • Informer sur les différentes méthodes contraceptives disponibles :
    • l'âge en lui-même ne devrait pas limiter le choix de la méthode contraceptive, en dehors de la stérilisation (la nulliparité/nulligestité n'est pas une contre-indication du DIU)
  • Rassurer sur les éventuelles craintes des adolescentes :
    • pas de preuve de prise de poids sous pilule oestroprogestative, la relation entre prise de poids et progestatifs seuls est mal documentée
    • acnéhas0010f#sAcneethormonotherapie#sAcneethormonotherapie : effets variables selon la femme et le type de contraception hormonale
    • retour de la fertilité : en général immédiat sauf après injection de progestatif (3 à 12 mois)
    • impact sur les règles : amélioration possible des dysménorrhées sous pilule oestroprogestative, risque de trouble des règles (aménorrhée, spotting)
  • Informer sur les préservatifs, les IST y compris le sida : encourager l'utilisation des préservatifs et expliquer concrètement leur utilisa­tion.
  • Informer sur la contraception d'urgencehas0023f et sur sa gratuité et son anonymat en pharmacie, dans les infirmeries scolaires ou en centres de santé sexuelle (ex-CPEF).
  • Informer sur la conduite à tenir en cas d'oubli de pilule.

Particularités chez la femme en post-partum et en post-IVG

Auteurs de la synthèse

Simon Frémaux , Hélène Hyron et Annie Tangtakoun

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