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Syndrome coronarien chronique : prise en charge

Publication par la HAS 15/04/2021
Synthèse par ebmfrance 18/06/2025

A retenir

  • Les patients chez qui un angor a été diagnostiqué sont considérés à très haut risque de récidive d’événement cardiovasculaire.
  • Le traitement médical initial comporte généralement un ou deux traitements anti-angineux selon les besoins, associés aux traitements pour la prévention cardiovasculaire secondaire (antithrombotique et statine).
  • Prescrire un traitement de la crise angineuse et expliquer son utilisation.
  • La prise en charge du syndrome coronarien chronique inclut les éléments suivants :
    • mise en œuvre d’un mode de vie sain
    • éducation thérapeutique du patient
    • réadaptation cardiovasculaire
    • contrôle des facteurs de risque cardio-vasculaire
    • prise en charge des comorbidités
  • Chez les patients à risque élevé ou persistance de symptômes malgré un traitement médical optimal : une coronarographie est indiquée en vue d’une revascularisation.
  • Le suivi s’organise au long cours entre le médecin traitant et le cardiologue.
  • Pour la démarche diagnostique d'un syndrome coronarien chronique, voir le guide dédié.

Modifications du mode de vie

  • Les patients atteints de syndrome coronarien chronique sont considérés à très haut risque de récidive d’événement cardiovasculaire.
  • L’amélioration du mode de vie est recommandée : voir Tableau 1.
  • Ces modifications du mode de vie s’inscrivent dans la nécessité plus globale de prise en charge des facteurs de risque cardiovasculaire (HTA, diabète…).
  • Le recours aux thérapies cognitivo-comportementales est recommandé pour les aider à mettre en place les changements clés du mode de vie.

Tableau 1. Recommandations de mode de vie en cas de syndrome coronarien chronique

Sevrage tabagique
Alimentation
  • Adopter une alimentation équilibrée, de type méditerranéenne enrichie en oméga 3 (fruits à coque, huile de colza, poissons gras)
  • Limiter l’alcool à moins de 10 verres par semaine
Activité physique
  • Prescrire une activité physique adaptée
  • Développer l’endurance (capacité aérobie) :
    • Principes :
      • 3 à 5 séances par semaine (au minimum 150 min)
      • fractionner les exercices en plusieurs périodes de 10 min par jour si besoin
      • ne pas rester plus de 2 jours sans exercice
  • Développer le renforcement musculaire :
    • Principes :
      • 2 séances par semaine
      • 2 à 4 séries de 8 à 10 répétitions par séance
  • Encourager la participation à un programme de réadaptation cardiovasculaire
Poids
  • Cibler un poids de forme (IMC 20 - 25 kg/m2)
  • Cibler un tour de taille < 102 cm chez l’homme et < 88 cm chez la femme

Traitement de la crise angineuse

  • Prescrire un dérivé nitré d’action immédiate. Il sera à utiliser :
    • en cas de crise angineuse
    • en prise préventive juste avant un effort (chez les patients restant symptomatiques à l’effort)
  • Un document d’information sur la gestion de la crise angineuse peut être remis au patient.

Traitements médicamenteux de fond

Traitement anti-ischémiques (à visée symptomatique)

  • Le choix d’un anti-ischémique doit prendre en compte :
    • fréquence cardiaque
    • pression artérielle
    • FEVG
  • Le traitement de première ligne est une monothérapie avec :
    • un bêtabloquant
    • ou bien un antagoniste calcique à la place du bêtabloquant si ce dernier n’est pas suffisamment efficace ou si mal toléré
      • antagonistes calciques non dihydropyridines (diltiazem, vérapamil)
      • antagonistes calciques dihydropyridines
  • Quand les symptômes angineux ne sont pas contrôlés avec une monothérapie, il est recommandé de prescrire une bithérapie associant :
    • un bêtabloquant
    • avec un antagoniste calcique dihydropyridine
  • L’association d’un bêtabloquant et d’un antagoniste calcique non-dihydropyridine (diltiazem, vérapamil) est déconseillée.
  • En traitement de seconde intention, il est recommandé́ d’ajouter :
    • un dérivé nitré d’action longue
    • ou du nicorandil

Traitements réduisant les événements cardiovasculaires graves (prévention secondaire)

Antithrombotiques

  • Le traitement antithrombotique est adapté à chaque patient coronarien en fonction du :
    • risque ischémique : voir Tableau 2
    • risque hémorragique :
      • il peut être évalué au moyen du score HAS-BLED
    • contexte clinique :
      • angioplastie récente
      • nécessité d’une anticoagulation au long court
      • chirurgie programmée prochaine

Tableau 2. Niveaux de risque d'événements ischémiques

Risque modéréRisque élevé

Au moins 1 des éléments suivants :

  • coronaropathie diffuse pluritronculaire
  • diabète nécessitant un traitement médicamenteux
  • infarctus du myocarde récidivant
  • artériopathie périphérique
  • insuffisance cardiaque
  • insuffisance rénale chronique avec DGF entre 15 et 59 ml/min/1,73m²

Coronaropathie diffuse pluritronculaire
ET
au moins 1 des éléments suivants :

  • diabète nécessitant un traitement médicamenteux
  • infarctus du myocarde récidivant
  • artériopathie périphérique
  • insuffisance cardiaque
  • insuffisance rénale chronique avec DGF entre 15 et 59 ml/min/1,73m²
  • Le Tableau 3 récapitule le schéma antithrombotique recommandé en fonction du contexte clinique.

Tableau 3. Traitements antithrombotiques selon le contexte clinique

Situation cliniqueSchémaDurée
Patient en rythme sinusal avec antécédent d’infarctus du myocarde ou de revascularisation myocardique
  • Aspirine à faible dose : 75 à 100 mg/j
  • ou bien clopidogrel :
    • si intolérance à l’aspirine (hors AMM)
    • si artériopathie périphérique, AVC ischémique ou AIT
  • Long terme
Risque élevé d’événement ischémique et absence de risque élevé de saignement
  • Association d’un 2e antithrombotique à l’aspirine
    • traitements possibles en association à l’aspirine durant l’année suivant un infarctus du myocarde : clopidogrel, prasugrel ou ticagrelor
  • Durée à réévaluer selon le contexte clinique
Après une revascularisation par angioplastie
  • Double anti-agrégation plaquettaire (aspirine + clopidogrel)
  • 6 mois quel que soit le stent utilisé. 

Durée pouvant être raccourcie en cas de risque hémorragique élevé (3 mois) ou très élevé (1 mois)

En cas de fibrillation atriale (FA) nécessitant une anticoagulation (score CHADSVASC ≥ 1)
  • Long terme
  • Aspirine ou clopidogrel en association à l’anticoagulation au long cours chez les patients en FA, avec antécédent d’infarctus du myocarde
  • Association pouvant être proposée au-delà des 12 mois recommandé :
    • en cas de risque ischémique élevé
    • et en l’absence de haut risque hémorragique

Bêtabloquants

  • Ils sont recommandés en cas de :
    • dysfonction systolique ventriculaire gauche (FEVG < 40 %), symptomatique ou non
    • hyperexcitabilité ventriculaire
    • et chez les patients symptomatiques
  • Chez les patients ayant un antécédent d’infarctus du myocarde avec élévation du ST, un traitement pendant au moins 1 an avec un bêtabloquant doit être considéré.

Hypolipémiants

  • Une statine est recommandée chez tous les patients.
  • En prévention secondaire, trois statines ont démontré leur efficacité sur la morbi-mortalité :
    • simvastatine
    • pravastatine
    • fluvastatine (après angioplastie coronarienne)
  • Si les objectifs ne sont pas atteints avec la dose maximale tolérée de statine, une association avec l’ézétimibe est recommandée.
  • Si les objectifs ne sont pas atteints avec la dose maximale tolérée de statine + ézétimibe chez les patients à risque élevé, une association avec un inhibiteur des PCSK9 est recommandée :
    • evolucumab
    • ou alirocumab

Inhibiteurs de l'enzyme de conversion

  • Les IEC (ou ARA2 en cas d’intolérance) sont recommandés en cas de :
    • dysfonction systolique ventriculaire gauche
    • ou diabète

Revascularisation

  • Chez les patients à risque élevé ou persistance de symptômes malgré un traitement médical optimal : indication de coronarographie en vue d’une revascularisation.
  • La décision de revasculariser par angioplastie transluminale ou par pontage aorto-coronarien repose sur différents éléments :
    • présentation clinique (présence ou absence de symptômes)
    • documentation existante d’ischémie et son extension
    • existence d’une dysfonction ventriculaire gauche systolique
    • existence de comorbidité
    • choix du patient
  • En l’absence de documentation existante d’ischémie, la décision de revascularisation est guidée par l’évaluation invasive de la sévérité de la sténose.

Education thérapeutique

  • L’éducation thérapeutique du patient fait partie de la prise en charge.
  • Elle doit être débutée le plus rapidement possible et adaptée aux besoins du patient selon les différents moments de son parcours.
  • Elle peut être réalisée :
    • dans le cadre de programmes cardiovasculaires déclarés aux ARS
    • par le médecin généraliste ou par les autres professionnels formés
    • par les associations de patients ou réseaux
  • Plusieurs formats d’éducation thérapeutique peuvent être proposés au patient et se compléter dans le temps.

Réadaptation cardiovasculaire

  • La réadaptation cardiovasculaire est efficace et recommandée pour :
    • modifier le mode de vie
    • contrôler les facteurs de risque cardiovasculaire
    • diminuer la mortalité cardiovasculaire
    • limiter les réhospitalisations
  • Elle associe un programme personnalisé de reconditionnement à l’effort et d’éducation thérapeutique et peut être proposée en :
    • hospitalisation complète
    • hôpital de jour
    • ambulatoire
  • Elle est particulièrement indiquée en cas de :
    • déconditionnement à l’effort
    • facteurs de risque non contrôlés
    • troubles de l’humeur pouvant limiter la reprise des activités
    • risque de désinsertion sociale et/ou professionnelle
    • événement intercurrent pouvant dégrader la situation fonctionnelle
    • facteurs de mauvais pronostic :
      • altération de la FEVG
      • persistance d’une ischémie non revascularisable
      • comorbidités

Prise en charge psychosociale et médico-administrative

  • La dépression, l’anxiété et le sentiment de détresse sont fréquents chez les patients atteints de syndrome coronarien chronique.
    • une prise en charge psychologique est recommandée
  • Avec l’accord du patient, demander la mise en place de l’ALD (affection de longue durée) selon les critères médicaux d’admission.
  • Dans certains cas, envisager :
    • une adaptation des contraintes professionnelles (médecine du travail, visite de pré-reprise)
    • une demande de reconnaissance au titre des accidents du travail

Vaccinations

  • Une vaccination antigrippale annuelle est recommandée pour les patients atteints de syndrome coronarien chronique.
  • Une vaccination antipneumococcique est recommandée en cas d’insuffisance cardiaque associée.

Suivi du syndrome coronarien chronique

  • Le suivi du patient s’organise entre le médecin généraliste et le cardiologue.
  • Un recours au cardiologue est indiqué, en plus du suivi régulier, en cas de :
    • exacerbation de syndrome cornarien chronique
    • douleurs récurrentes chez un angineux ancien
    • effets indésirables médicamenteux
    • apparition d'une fibrillation auriculaire
    • échec d'une bithérapie anti-angineuse à dose maximale tolérée
    • aggravation d'une dyspnée et angor
    • syncope ou lipothymie
  • Une hospitalisation est indiquée en cas de :
    • angor instable
    • syndrome coronarien aigu (urgence)
    • besoin d’explorations invasives
    • insuffisance cardiaque rapidement évolutive
    • apparition d’un trouble du rythme mal toléré ou de mauvais pronostic

Symptômes contrôlés après revascularisation ou syndrome coronarien aigu (< 12 mois)

  • Les premiers mois qui suivent une revascularisation myocardique ou un syndrome coronarien aigu sont les plus à risque de récidive d'événements ischémiques sévères.
  • Une atteinte des objectifs (contrôle des symptômes, pression artérielle, fréquence cardiaque, cholestérol LDL) entre 6 mois et 1 an semble applicable à la majorité́ des patients.
  • La première année, sont recommandés :
    • au moins 2 consultations cardiologiques
    • réévaluation de la FEVG entre 8 et 12 semaines après l’événement chez les patients avec dysfonction du ventricule gauche
    • recherche éventuelle d’une ischémie résiduelle
    • bilan d’extension de la maladie athéromateuse et des comorbidités
    • vérification des acquis et l’atteinte des objectifs
    • visite de pré-reprise et suivi par le médecin du travail pour les patients post-syndrome coronarien aigu en activité

Au-delà de 12 mois

Patients asymptomatiques

  • Consultation annuelle chez le cardiologue recommandée avec :
    • réévaluation des risques
    • évaluation des règles hygiéno-diététique
    • contrôle des facteurs de risques, des comorbidités
    • réévaluation des traitements
  • ECG à chaque visite
  • Bilan biologique (bilan lipidique, glycémie, fonction rénale, hémogramme) au minimum tous les 2 ans
  • Echocardiographie tous les 3 à 5 ans
  • Test d’ischémie non invasif tous les 3 à 5 ans
  • Proposer à nouveau une réadaptation cardiovasculaire si besoin.

Patients symptomatiques

  • Orienter le patient vers le cardiologue si nouveaux symptômes ou symptômes s’aggravant en vue d’une nouvelle stratification des risques (imagerie de stress ou ECG d’effort).
  • Coronarographie recommandée chez les patients avec cardiopathie ischémique sévère, notamment si :
    • symptômes réfractaires au traitement médical
    • profil clinique à haut risque
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