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Syndrome coronarien chronique : démarche diagnostique

Publication par la HAS 15/04/2021
Synthèse par ebmfrance 18/06/2025

A retenir

  • Le syndrome coronarien chronique :
    • est une cardiopathie ischémique
    • regroupe toutes les phases évolutives de la coronaropathie, à l’exclusion du syndrome coronarien aigu
  • Le rôle du généraliste est de :
    • caractériser les symptômes angineux
    • évaluer les facteurs de risques cardiovasculaires
    • rechercher les comorbidités
    • réaliser un premier bilan paraclinique dans l’attente de la consultation cardiologique
    • évaluer la probabilité pré-test de syndrome coronarien chronique
  • Le rôle du cardiologue est de :
    • confirmer le diagnostic
    • compléter les investigations
    • estimer le pronostic et évaluer le bénéfice d’une revascularisation
    • réaliser le bilan d’extension de la maladie athéromateuse
  • Pour la prise en charge du syndrome coronarien chronique : voir le guide dédié.

Définitions

  • La cardiopathie ischémique englobe :
    • le syndrome coronarien aigu (SCA)
    • le syndrome coronaire chronique (SCC)
  • Le terme de syndrome coronarien chronique regroupe toutes les phases évolutives de la coronaropathie à l’exclusion du SCA.

Physiopathologie

  • Le syndrome coronarien chronique est la conséquence au long cours d’athérosclérose et d’altération de la fonction artérielle.
  • C’est un processus dynamique qui évolue tout au long de la vie du coronarien.
  • Plusieurs mécanismes peuvent coexister et changer au cours du temps :
    • sténose fixe ou dynamique des artères coronaires épicardiques
    • dysfonction microvasculaire
    • spasme coronaire épicardique focal ou diffus
  • Cette maladie chronique peut donc être ponctuée d’événements aigus.

Epidémiologie

  • En 2017, 1,5 million de patients avec un syndrome coronarien chronique ont été pris en charge.
  • Le syndrome coronarien chronique représente la quatrième affection de longue durée la plus fréquente.
  • La prévalence du syndrome coronarien chronique augmente avec l’âge.
     

Parcours de soins : évaluation initiale

  • L’évaluation initiale est réalisée de manière coordonnée par le médecin traitant et/ou le cardiologue et répond à 3 objectifs :
    • diagnostiquer l’origine coronarienne d’une douleur thoracique
    • définir la nature de la cardiopathie ischémique (chronique ou aiguë)
    • évaluer la sévérité et la diffusion de l’atteinte athéromateuse
  • Le rôle du généraliste est de :
    • repérer le syndrome coronarien chronique
    • orienter son patient vers un cardiologue en cas de probabilité clinique de cardiopathie ischémique et hors contexte d’urgence
  • Le rôle du cardiologue est de :
    • confirmer le diagnostic
    • évaluer le pronostic (risque d’événement clinique grave)
    • compléter le bilan artériel (recherche d’autres localisations athéromateuses)
       

Symptômes et signes cliniques

  • La première étape consiste à évaluer les points suivants :
    • caractéristiques des symptômes angineux
    • histoire de la maladie
    • antécédents du patient
    • facteurs de risque cardiovasculaire
    • examen physique (dont manifestations d’athérothrombose)
  • L’interrogatoire permet de caractériser les symptômes angineux : voir Tableau 1

Tableau 1. Classification des douleurs thoraciques à l'interrogatoire

Angor "typique"Répond aux 3 caractéristiques suivantes :
1- Douleur constrictive ou inconfort :rétrosternale
ou dans la mâchoire
ou dans le cou
ou dans l'épaule
ou dans le bras
2- Provoquée par l’effort ou l’émotion
3- Disparaissant en quelques minutes après :le repos
ou la prise de dérivés nitrés
Angor "atypique"Répond à 2 des 3 caractéristiques ci-dessus
Douleur "non angineuse"n’est pas liée à l’effort et est insensible à la trinitrine (en dehors d‘un syndrome coronarien aigu)
  • La dyspnée d’effort peut être considérée comme un équivalent d’angor en l’absence d’autre cause.
  • Évoquer un syndrome coronarien aigu avec appel téléphonique au Centre 15 au moindre doute.
  • La gravité de l’angor peut être estimée par le seuil d’activité physique faisant apparaitre les symptômes : voir Tableau 2.

Tableau 2. Gravité de l'angor d'effort selon la Société canadienne de cardiologie

ClasseDescription de la gravité de l'angor
IAngor uniquement avec un effort intense
  • L’activité physique ordinaire (marcher ou monter des escaliers) ne provoque pas d’angor.
  • L’angor apparait à l’occasion d’un effort important, rapide ou prolongé, au travail ou pendant les loisirs.
IIAngor avec effort modéré
  • Légère limitation de l’activité́ ordinaire :
    • marcher ou monter des escaliers rapidement, marcher en côte, marcher ou monter des escaliers après un repas, au froid ou dans le vent, ou pendant un stress émotionnel ou au cours des premières heures suivant le réveil.
    • marcher plus de 100 à 200 mètres en terrain plat et monter plus d’un étage à un rythme normal et dans des conditions normales.
IIIAngor avec effort léger
  • Limitation marquée de l’activité physique ordinaire :
    • marcher 100 à 200 mètres en terrain plat et monter un étage dans des conditions normales et à un rythme normal.
IVAngor au repos
  • Impossibilité d’effectuer toute activité physique sans ressentir de gêne. L’angor peut être présent au repos.
  • Préciser les facteurs de risque cardiovasculaire.
  • L’examen physique recherche :
    • rythme cardiaque irrégulier
    • HTA
    • signes d’insuffisance cardiaque (variations pondérales)
    • signes d’anémie
    • signes de valvulopathie
    • signes de maladie vasculaire non coronarienne (pouls périphériques, auscultation des artères carotides et fémorales)
    • mesure de l’index de pression systolique à la cheville

Recherche de comorbidités

  • Evaluer :
    • l’état général du patient
    • sa qualité de vie
    • l’existence d’éventuelles comorbidités :
      • maladie thyroïdienne
      • maladie rénale
      • maladie pulmonaire
      • anémie
      • maladie systémique
      • IMC et variations pondérales récentes

Bilan de première intention

  • Certains examens peuvent être réalisés dans l’attente de la consultation cardiologique, voir Tableau 3.

Tableau 3. Bilan paraclinique de première intention

1- Examens biologiques
  • hémogramme (anémie)
  • glycémie à jeun (si dosage > 1 an)
  • exploration d’une anomalie lipidique (si dosage > 1 an)
  • ionogramme
  • créatininémie et estimation du DFG
  • TSH si pathologie thyroïdienne suspectée
  • BNP ou NT-pro-BNP si suspicion d’insuffisance cardiaque
  • D-Dimères si suspicion d’embolie pulmonaire et patient < 80 ans
2- ECG de repos
  • les modifications compatibles avec une cardiopathie ischémique sont :
    • ondes Q pathologiques
    • bloc de branche gauche
    • anomalie du ST ou de l’onde T
    • anomalie en faveur d’une cardiopathie sous-jacente
  • la normalité de l’ECG ne permet pas d’exclure un syndrome coronarien chronique
3- Radiographie thoracique
  • recommandée si tableau clinique atypique ou suspicion de maladie pulmonaire
  • envisagée si suspicion d’insuffisance cardiaque
  • Si la douleur est clairement non angineuse, d’autres examens peuvent être indiqués à la recherche d’autres causes non cardiaques :
    • digestive
    • pulmonaire
    • pariétale
    • neurologique
    • psychiatrique

Probabilité pré-test de syndrome coronarien chronique

  • La probabilité pré-test de syndrome coronarien chronique est évaluée au moyen du Tableau 4
    • en fonction de l’âge, du sexe, du type de douleur thoracique et de la présence d’une dyspnée
  • Elle permet de guider le choix des examens complémentaires diagnostiques.

Tableau 4. Estimation de la probabilité pré-test (%) chez des patients ayant des douleurs thoraciques chroniques (ESC 2019)

Image
probabilte_pretest
  • Probabilité pré-test faible (≤ 5 %, cases grises) :
    • il n’est pas utile de réaliser des examens complémentaires pour le diagnostic de cardiopathie ischémique
    • rechercher une autre affection
  • Probabilité pré-test élevée (> 15 %, cases vert foncé) :
  • Probabilité pré-test intermédiaire (entre 5 et 15 %, cases vert clair) :
    • des tests diagnostiques peuvent être envisagés après avoir affiné la probabilité de cardiopathie ischémique en fonction des éléments suivants (* si effectués auparavant) :
    • éléments diminuant la probabilité pré-test :
      • ECG d’effort normal*
      • score calcique = 0*
    • éléments augmentant la probabilité pré-test :
      • facteurs de risque de cardiopathie ischémique (dyslipidémie, diabète, HTA, tabagisme, obésité, histoire familiale de cardiopathie ischémique)
      • modification de l’ECG de repos (onde Q ou troubles de la repolarisation)
      • dysfonction systolique du ventricule gauche suggérant une cardiopathie ischémique*
      • ECG d’effort anormal*
      • calcifications coronaires sur le scanner cardiaque* 

Orientation vers le cardiologue

  • A ce stade de la démarche, orienter le patient vers le cardiologue pour confirmation diagnostique.
  • Cette orientation peut se faire, sans urgence (puisqu’en dehors de tout contexte coronarien aigu), dans un délai à adapter au contexte clinique.
  • La prise en charge cardiologique comprend les éléments suivants :

Examens de confirmation diagnostique

Tableau 5. Examens de confirmation diagnostique

Non invasifsCoroscanner
  • A privilégier en cas de probabilité pré-test faible ou intermédiaire (≤ 15 %)
  • Bonne capacité d’exclusion de la maladie
  • Conditions : patients permettant une bonne acquisition d’image et sans antécédent de cardiopathie ischémique

Tests fonctionnels d’ischémie couplés à l’imagerie :

  • échocardiographie de stress
  • scintigraphie myocardique de perfusion
  • IRM myocardique de stress
  • A privilégier en cas de probabilité pré-test élevée (> 15 %) pour guider une revascularisation myocardique
  • Détection de la quantification de la cardiopathie ischémique et évaluation de la viabilité myocardique dans l’optique d’une revascularisation
ECG d'effort
  • Recommandé pour évaluer la capacité et la tolérance à l’effort, les symptômes, une arythmie et le risque d’événements ischémiques
InvasifCoronarographie
  • N’est nécessaire à des fins diagnostiques qu’en cas de tests non invasifs non concluants en cas de probabilité clinique élevée

Evaluation pronostique

  • Le cardiologue évalue systématiquement le risque d’événement cardio-vasculaire grave (syndrome coronarien aigu, décès) une fois le diagnostic posé.
  • Cela sert à identifier les patients à haut risque d’événement cardiovasculaire qui bénéficieront d’une revascularisation.
  • La stratification du risque d'événement ischémique repose généralement sur les évaluations utilisées pour poser le diagnostic de cardiopathie ischémique.
  • Elle repose sur une évaluation :
    • clinique
    • de la fonction systolique du ventricule gauche
    • et non invasive de l’ischémie ou de l’anatomie coronarienne, dans la majorité des cas
  • Le niveau de risque est défini comme suit :
    • bas risque : mortalité annuelle < 1 %
    • risque intermédiaire : mortalité annuelle entre 1 et 3 %
    • haut risque : mortalité annuelle > 3 %

Bilan d’extension de la maladie athéromateuse

  • Dans un second temps, le diagnostic de syndrome coronarien chronique impose de rechercher une atteinte athéromateuse dans d’autres territoires par :
    • échographie-Doppler des artères carotides
    • échographie-Doppler de l’aorte abdominale
    • échographie-Doppler des membres inférieurs
      • en cas de symptômes ou d’anomalies de l’index de pression systolique
    • échographie-Doppler ou angioscanner des artères rénales
      • en cas d’HTA résistante au traitement ou d’insuffisance rénale

Suspicion d'angor vasospastique

  • L’angor vasospastique se présente comme une douleur angineuse généralement typique, qui survient au repos, mais qui ne se produit pas ou qu’occasionnellement à l’effort.
  • Cette douleur survient généralement la nuit et dans les premières heures du matin.
  • Les dérivés nitrés soulagent la douleur en général en quelques minutes.
  • L’angor de repos causé par un spasme est souvent observé chez les patients atteints par ailleurs d’athérosclérose obstructive stable
    • tandis que le spasme à l’effort peut parfois se produire chez les patients atteints d’athérosclérose non obstructive
  • Les investigations à mener sont les suivantes :
    • ECG (durant un angor si possible)
    • coronarographie ou coroscanner
    • enregistrement Holter
    • test de provocation
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