Syndrome coronarien chronique : démarche diagnostique
A retenir
- Le syndrome coronarien chronique :
- est une cardiopathie ischémique
- regroupe toutes les phases évolutives de la coronaropathie, à l’exclusion du syndrome coronarien aigu
- Le rôle du généraliste est de :
- caractériser les symptômes angineux
- évaluer les facteurs de risques cardiovasculaires
- rechercher les comorbidités
- réaliser un premier bilan paraclinique dans l’attente de la consultation cardiologique
- évaluer la probabilité pré-test de syndrome coronarien chronique
- Le rôle du cardiologue est de :
- confirmer le diagnostic
- compléter les investigations
- estimer le pronostic et évaluer le bénéfice d’une revascularisation
- réaliser le bilan d’extension de la maladie athéromateuse
- Pour la prise en charge du syndrome coronarien chronique : voir le guide dédié.
Définitions
- La cardiopathie ischémique englobe :
- le syndrome coronarien aigu (SCA)
- le syndrome coronaire chronique (SCC)
- Le terme de syndrome coronarien chronique regroupe toutes les phases évolutives de la coronaropathie à l’exclusion du SCA.
Physiopathologie
- Le syndrome coronarien chronique est la conséquence au long cours d’athérosclérose et d’altération de la fonction artérielle.
- C’est un processus dynamique qui évolue tout au long de la vie du coronarien.
- Plusieurs mécanismes peuvent coexister et changer au cours du temps :
- sténose fixe ou dynamique des artères coronaires épicardiques
- dysfonction microvasculaire
- spasme coronaire épicardique focal ou diffus
- Cette maladie chronique peut donc être ponctuée d’événements aigus.
Epidémiologie
- En 2017, 1,5 million de patients avec un syndrome coronarien chronique ont été pris en charge.
- Le syndrome coronarien chronique représente la quatrième affection de longue durée la plus fréquente.
- La prévalence du syndrome coronarien chronique augmente avec l’âge.
Parcours de soins : évaluation initiale
- L’évaluation initiale est réalisée de manière coordonnée par le médecin traitant et/ou le cardiologue et répond à 3 objectifs :
- diagnostiquer l’origine coronarienne d’une douleur thoracique
- définir la nature de la cardiopathie ischémique (chronique ou aiguë)
- évaluer la sévérité et la diffusion de l’atteinte athéromateuse
- Le rôle du généraliste est de :
- repérer le syndrome coronarien chronique
- orienter son patient vers un cardiologue en cas de probabilité clinique de cardiopathie ischémique et hors contexte d’urgence
- Le rôle du cardiologue est de :
- confirmer le diagnostic
- évaluer le pronostic (risque d’événement clinique grave)
compléter le bilan artériel (recherche d’autres localisations athéromateuses)
Symptômes et signes cliniques
- La première étape consiste à évaluer les points suivants :
- caractéristiques des symptômes angineux
- histoire de la maladie
- antécédents du patient
- facteurs de risque cardiovasculaire
- examen physique (dont manifestations d’athérothrombose)
- L’interrogatoire permet de caractériser les symptômes angineux : voir Tableau 1
Tableau 1. Classification des douleurs thoraciques à l'interrogatoire
| Angor "typique" | Répond aux 3 caractéristiques suivantes : | |
| 1- Douleur constrictive ou inconfort : | rétrosternale | |
| ou dans la mâchoire | ||
| ou dans le cou | ||
| ou dans l'épaule | ||
| ou dans le bras | ||
| 2- Provoquée par l’effort ou l’émotion | ||
| 3- Disparaissant en quelques minutes après : | le repos | |
| ou la prise de dérivés nitrés | ||
| Angor "atypique" | Répond à 2 des 3 caractéristiques ci-dessus | |
| Douleur "non angineuse" | n’est pas liée à l’effort et est insensible à la trinitrine (en dehors d‘un syndrome coronarien aigu) | |
- La dyspnée d’effort peut être considérée comme un équivalent d’angor en l’absence d’autre cause.
- Évoquer un syndrome coronarien aigu avec appel téléphonique au Centre 15 au moindre doute.
- La gravité de l’angor peut être estimée par le seuil d’activité physique faisant apparaitre les symptômes : voir Tableau 2.
Tableau 2. Gravité de l'angor d'effort selon la Société canadienne de cardiologie
| Classe | Description de la gravité de l'angor | |
|---|---|---|
| I | Angor uniquement avec un effort intense |
|
| II | Angor avec effort modéré |
|
| III | Angor avec effort léger |
|
| IV | Angor au repos |
|
- Préciser les facteurs de risque cardiovasculaire.
- L’examen physique recherche :
- rythme cardiaque irrégulier
- HTA
- signes d’insuffisance cardiaque (variations pondérales)
- signes d’anémie
- signes de valvulopathie
- signes de maladie vasculaire non coronarienne (pouls périphériques, auscultation des artères carotides et fémorales)
- mesure de l’index de pression systolique à la cheville
Recherche de comorbidités
- Evaluer :
- l’état général du patient
- sa qualité de vie
- l’existence d’éventuelles comorbidités :
- maladie thyroïdienne
- maladie rénale
- maladie pulmonaire
- anémie
- maladie systémique
- IMC et variations pondérales récentes
Bilan de première intention
- Certains examens peuvent être réalisés dans l’attente de la consultation cardiologique, voir Tableau 3.
Tableau 3. Bilan paraclinique de première intention
| 1- Examens biologiques |
|
| 2- ECG de repos |
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| 3- Radiographie thoracique |
|
- Si la douleur est clairement non angineuse, d’autres examens peuvent être indiqués à la recherche d’autres causes non cardiaques :
- digestive
- pulmonaire
- pariétale
- neurologique
- psychiatrique
Probabilité pré-test de syndrome coronarien chronique
- La probabilité pré-test de syndrome coronarien chronique est évaluée au moyen du Tableau 4
- en fonction de l’âge, du sexe, du type de douleur thoracique et de la présence d’une dyspnée
- Elle permet de guider le choix des examens complémentaires diagnostiques.
Tableau 4. Estimation de la probabilité pré-test (%) chez des patients ayant des douleurs thoraciques chroniques (ESC 2019)
- Probabilité pré-test faible (≤ 5 %, cases grises) :
- il n’est pas utile de réaliser des examens complémentaires pour le diagnostic de cardiopathie ischémique
- rechercher une autre affection
- Probabilité pré-test élevée (> 15 %, cases vert foncé) :
- les tests non invasifs sont les plus bénéfiques pour confirmer le diagnostic :
- Probabilité pré-test intermédiaire (entre 5 et 15 %, cases vert clair) :
- des tests diagnostiques peuvent être envisagés après avoir affiné la probabilité de cardiopathie ischémique en fonction des éléments suivants (* si effectués auparavant) :
- éléments diminuant la probabilité pré-test :
- ECG d’effort normal*
- score calcique = 0*
- éléments augmentant la probabilité pré-test :
- facteurs de risque de cardiopathie ischémique (dyslipidémie, diabète, HTA, tabagisme, obésité, histoire familiale de cardiopathie ischémique)
- modification de l’ECG de repos (onde Q ou troubles de la repolarisation)
- dysfonction systolique du ventricule gauche suggérant une cardiopathie ischémique*
- ECG d’effort anormal*
- calcifications coronaires sur le scanner cardiaque*
Orientation vers le cardiologue
- A ce stade de la démarche, orienter le patient vers le cardiologue pour confirmation diagnostique.
- Cette orientation peut se faire, sans urgence (puisqu’en dehors de tout contexte coronarien aigu), dans un délai à adapter au contexte clinique.
- La prise en charge cardiologique comprend les éléments suivants :
- évaluation clinique
- ECG de repos
- échocardiographie transthoracique de repos
- examen(s) de confirmation diagnostique : voir Tableau 5
- évaluation pronostique
- bilan d’extension de la maladie athéromateuse
Examens de confirmation diagnostique
Tableau 5. Examens de confirmation diagnostique
| Non invasifs | Coroscanner |
|
Tests fonctionnels d’ischémie couplés à l’imagerie :
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| |
| ECG d'effort |
| |
| Invasif | Coronarographie |
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Evaluation pronostique
- Le cardiologue évalue systématiquement le risque d’événement cardio-vasculaire grave (syndrome coronarien aigu, décès) une fois le diagnostic posé.
- Cela sert à identifier les patients à haut risque d’événement cardiovasculaire qui bénéficieront d’une revascularisation.
- La stratification du risque d'événement ischémique repose généralement sur les évaluations utilisées pour poser le diagnostic de cardiopathie ischémique.
- Elle repose sur une évaluation :
- clinique
- de la fonction systolique du ventricule gauche
- et non invasive de l’ischémie ou de l’anatomie coronarienne, dans la majorité des cas
- Le niveau de risque est défini comme suit :
- bas risque : mortalité annuelle < 1 %
- risque intermédiaire : mortalité annuelle entre 1 et 3 %
- haut risque : mortalité annuelle > 3 %
Bilan d’extension de la maladie athéromateuse
- Dans un second temps, le diagnostic de syndrome coronarien chronique impose de rechercher une atteinte athéromateuse dans d’autres territoires par :
- échographie-Doppler des artères carotides
- échographie-Doppler de l’aorte abdominale
- échographie-Doppler des membres inférieurs
- en cas de symptômes ou d’anomalies de l’index de pression systolique
- échographie-Doppler ou angioscanner des artères rénales
- en cas d’HTA résistante au traitement ou d’insuffisance rénale
Suspicion d'angor vasospastique
- L’angor vasospastique se présente comme une douleur angineuse généralement typique, qui survient au repos, mais qui ne se produit pas ou qu’occasionnellement à l’effort.
- Cette douleur survient généralement la nuit et dans les premières heures du matin.
- Les dérivés nitrés soulagent la douleur en général en quelques minutes.
- L’angor de repos causé par un spasme est souvent observé chez les patients atteints par ailleurs d’athérosclérose obstructive stable
- tandis que le spasme à l’effort peut parfois se produire chez les patients atteints d’athérosclérose non obstructive
- Les investigations à mener sont les suivantes :
- ECG (durant un angor si possible)
- coronarographie ou coroscanner
- enregistrement Holter
- test de provocation
Auteurs de la synthèse
Alexis Leclerc , Mathieu Ginier-Gillet , Hélène Hyron et Laetitia Gimenez