Dermohypodermite bactérienne (érysipèle)
À retenir
- La prise en charge des dermohypodermites bactériennes est déclinée en séparant la forme commune non nécrosante de l'adulte d'origine streptococcique (anciennement : érysipèle), de formes particulières par leur contexte (morsure, etc.) ou le terrain (enfant), ainsi que des formes graves, nécrosantes, dont la prise en charge est urgente et hospitalière has0011f.
- La durée totale de l'antibiothérapie en ambulatoire doit être courte : 7 jours.
- Pas d'examen complémentaire en cas de dermohypodermite bactérienne non nécrosante (DHBNN) commune non compliquée.
Définition
- La dermohypodermite bactérienne non nécrosante (DHBNN) est une infection aiguë non nécrosante d'origine bactérienne, limitée au derme et à l'hypoderme.
- L'érysipèle est la dénomination historique et francophone de la forme clinique commune des DHBNN à streptocoque de l'adulte.
Microbiologie
- Les DHBNN surviennent en majorité chez l'adulte. Elles sont alors principalement dues au streptocoque β-hémolytique du groupe A (SGA).
- Il est recommandé de considérer une autre étiologie que streptococcique dans les situations suivantes :
- enfant : SGA et/ou Staphylococcus aureus (SA)
- immunodépression : BGN (Escherichia coli) ou bactéries opportunistes
- morsure animale
- bactéries pyogènes ou anaérobies (délai d'apparition de quelques jours)
- pasteurellose (rapidement douloureuse en quelques heures)
- exposition professionnelle (bouchers, charcutiers, poissonniers): Erysipelothrix rhusiopathiae (rouget du porc)
- exposition marine : polymicrobienne (DHB le plus souvent extensives, nécrosantes et responsables d'une morbidité et une létalité élevées)
- voie veineuse périphérique, toxicomanie IV: SA
- localisation : face, région périnéo-fessière
Facteurs de risque
- Antécédent personnel de DHBNN
- Obésité (IMC > 30)
- Œdème chronique, lymphœdème
- Porte d'entrée cutanée (chez l'enfant, le principal facteur favorisant des DHBNN est la varicelle)
Diagnostic
Clinique
- Apparition brutale d'un placard inflammatoire de dermohypodermite bien circonscrit, unilatéral en cas de localisation au membre, accompagné ou précédé de fièvre et/ou de frissons.
- Il s'accompagne inconstamment d'une adénopathie régionale ou d'une traînée de lymphangite.
- Rechercher une porte d'entrée cutanée locorégionale.
Paraclinique
- Pas d'examen complémentaire en cas de DHBNN commune non compliquée
- Prélèvements microbiologiques (prélèvements locaux de la porte d'entrée +/- hémocultures) recommandés dans les cas suivants :
- morsure animale ou humaine
- survenue en milieu aquatique
- après un voyage en zone tropicale
- origine post-traumatique
- liée aux soins (cathéters veineux périphériques) ou à une injection septique
- lésions suppuratives
- échec d'un traitement antibiotique présumé adapté
- sujet immunodéprimé
- signes de gravité locaux ou généraux (faisant craindre une DHBN)
Signes de gravité
- Ces signes doivent faire évoquer une DHBN, en particulier une fasciite nécrosante has0011f :
- signes généraux de sepsis ou de choc toxinique
- extension rapide des signes locaux en quelques heures
- douleur très intense, impotence fonctionnelle
- signes locaux : lividités, taches cyaniques, crépitation sous-cutanée, hypo- ou anesthésie locale, induration dépassant l'érythème, nécrose locale
- aggravation des signes locaux dans les 24 à 48 heures malgré l'instauration d'une antibiothérapie adaptée
Complications
- Locales :
- récidive (20 à 30 % des cas, principale complication de la DHBNN de l'adulte)
- abcédation (1 à 8 %) has0008f
- Générales :
- décompensation des comorbidités
- sepsis, choc septique, choc toxinique, bactériémie (très rare)
Diagnostic différentiel
- Causes infectieuses :
- dermohypodermite / fasciite nécrosante has0011f : si signes de gravité
- staphylococcie « maligne » de la face : si localisation faciale et signes généraux importants
- gangrène de Fournier : si localisation périnéale et sepsis
- arthrite septique
- panniculite (inflammation de la graisse sous cutanée) infectieuse
- Causes non infectieuses :
- poussée inflammatoire d'insuffisance veineuse : si atteinte des membres inférieurs, bilatérale et sans fièvre
- lymphangite ebm01157
- thrombose veineuse superficielle ebm00920 ou profonde ebm00108
- érythème noueux ebm00290
- bursite ebm00394
- piqûre d'insecte ebm00922
- eczéma de contact
- maladie périodique
- cellulite de Wells
- érythème migrant
Traitement
Critères d'hospitalisation
- Hospitalisation en urgence :
- si signes de gravité locaux ou généraux
- obésité morbide (IMC > 40)
- sujet âgé > 75 ans polypathologique
- âge inférieur à 1 an
- risque de décompensation d'une comorbidité
- Hospitalisation secondaire :
- évolution défavorable dans les 24 à 48 heures après l'instauration de l'antibiothérapie
Antibiothérapie si DFG > 30 mL/min*
*si DFG < 30 mL/min, se référer aux résumés des caractéristiques des produits
| Pathologie | Traitement antibiotique 1e intention | Si allergie documentée à la pénicilline | Durée du traitement |
|---|---|---|---|
| DHBNN non compliquée adulte | Amoxicilline : 50 mg/kg/jour en trois prises avec un maximum de 6 g/jour | Pristinamycine : 1g x 3 /jour ou Clindamycine : 600 mg 3 fois par jour et jusqu'à 600 mg 4 fois par jour si poids >100 kg | 7 jours |
| DHBNN enfant | Amoxicilline-acide clavulanique : 80 mg/kg/jour d'amoxicilline en 3 prises par jour (sans dépasser 3g/jour) | > 6 ans : Clindamycine : 30 mg/kg/jour en 3 prises par jour sans dépasser 2400 mg/jour < 6 ans : Sulfaméthoxazole-triméthoprime : 30 mg/kg/jour (exprimé en sulfaméthoxazole) en 3 prises par jour, sans dépasser 1600 mg/jour | 7 jours |
DHBNN : situations particulières adulte Après morsure animale | Amoxicilline-acide clavulanique : 50 mg/kg/jour d'amoxicilline sans dépasser 6 g/jour, et sans dépasser 375 mg/jour d'acide clavulanique après prélèvements locaux +/- hémocultures | Avis spécialisé | 7 jours |
| DHBNN : situations particulières adulte : Liées aux soins/ Après exposition aquatique et marine/ Après injection septique (toxicomanie IV) | Avis spécialisé | ||
Mesures associées
- Délimiter au feutre les contours du placard inflammatoire ou réaliser une photographie
- Si atteinte d'un membre : repos avec surélévation du membre atteint
- Contention veineuse dès l'amélioration de la douleur, anticoagulation prophylactique si besoin
- Mise à jour de la vaccination antitétanique
- Pas d'antibiothérapie locale
- Pas de corticoïdes ni d'anti-inflammatoires non stéroïdiens (AINS) en adjuvant :
- en cas de prise chronique d'AINS, il est recommandé d'arrêter transitoirement ce traitement jusqu'à la guérison de la DHBNN
- en cas de prise chronique d'aspirine à dose anti-agrégante ou de corticoïdes, ceux-ci seront poursuivis sans modification de doses C
Traitement préventif
- Prise en charge des facteurs de risque (lymphœdème, porte d'entrée, obésité)
- Uniquement chez l'adulte : antibioprophylaxie (effet suspensif) recommandée à partir de 2 épisodes de DHBNN dans l'année écoulée chez les patients présentant des facteurs de risque non contrôlables ou non résolutifs
| Pathologie | Traitement | Durée du traitement |
|---|---|---|
| DHBNN adulte Antibioprophylaxie |
| À évaluer : en fonction de l'évolution des facteurs de risque de récidive. |
Suivi
- La régression complète des signes cutanés est souvent retardée (2 voire 3 semaines) par rapport aux signes généraux, et un tel délai ne doit pas conduire à prolonger l'antibiothérapie.
- Chez les enfants traités par sulfaméthoxazole-triméthoprime ou par clindamycine :
- réévaluation systématique à 7 jours du début de l'antibiothérapie
- et avis spécialisé en cas de réponse défavorable ou insuffisante
Références
- HAS. Choix et durées d’antibiothérapies : prise en charge des dermohypodermites bactériennes non nécrosantes (DHBNN) chez l’enfant. Fiche. 15 juillet 2021, mis à jour en juillet 2024.
- HAS. Choix et durées d’antibiothérapies : dermohypodermites bactériennes non nécrosantes (DHBNN) chez l’adulte. Fiche. 15 juillet 2021.
Auteurs de la synthèse
Claire Rambaud , Nicolas de Chanaud , Morgan Gendron et Laetitia Gimenez