IVG médicamenteuse
A retenir
- L'interruption volontaire de grossesse (IVG) par méthode médicamenteuse est possible jusqu'à la fin de la 9e semaine d'aménorrhée (SA).
- Les deux temps obligatoires d' information et de consentement peuvent avoir lieu lors de la même consultation (selon le choix de la femme) et/ou en téléconsultation.
- Hors contre-indication médicale, le choix de la méthode revient à la femme :
- médicamenteuse, à domicile ou non
- ou instrumentale
- La séquence médicamenteuse (mifépristone puis misoprostol) diffère selon le terme : moins de 7 SA, ou entre 7 et 9 SA.
- Pour pratiquer l'IVG médicamenteuse, les médecins généralistes et sage-femmes doivent avoir passé une convention avec un établissement de santé autorisé : en savoir plus
- Un entretien psychosocial est :
- facultatif pour les adultes (mais obligatoirement proposé)
- obligatoire pour les mineures
- Un dossier guide[autre lien] est obligatoirement remis à la personne demandeuse.
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Chiffres
- En 2019, le nombre d'interruptions volontaires de grossesse (IVG) en France était évalué à 232 200 :
- 26,5 % en cabinet libéral, dans les centres de santé ou les centres de santé sexuelle
- 70 % par méthode médicamenteuse
Je ne pratique pas l'IVG : quel est mon rôle ?
- Il est obligatoire de communiquer le nom d'un praticien ou d'une structure pratiquant l'IVG à la personne demandeuse
- La consultation d' information peut être réalisée par un médecin ou une sage-femme ne pratiquant pas l'IVG. Dans ce cas, il ou elle doit :
- établir et remettre à la femme une attestation de consultation de demande d'IVG
- conserver un exemplaire dans le dossier médical
Choisir la méthode
- La méthode médicamenteuse peut être réalisée jusqu'à la fin de la 9e SA.
- en l'absence de contre-indication médicale, les femmes doivent pouvoir choisir la méthode de l'IVG, médicamenteuse ou chirurgicale, jusqu'à la fin de la 9e SA
- la séquence médicamenteuse est alors différente selon le terme : moins de 7 SA ou entre 7 et 9 SA
- La méthode instrumentale est autorisée jusqu'à la fin de la 16e SA : elle ne fait pas l'objet de ce guide.
Accès
- Toute femme demandant une IVG doit obtenir un rendez-vous de consultation, ou de téléconsultation, dans les 5 jours suivant son appel.
- L'IVG médicamenteuse peut être proposée :
- en établissement de santé (public ou privé)
- en cabinet libéral
- en centre de santé sexuelle : annuaire
- en centre de santé
- Pour pouvoir pratiquer l'IVG médicamenteuse hors établissement de santé, un médecin ou une sage-femme doit :
- avoir passé une convention avec un établissement de santé autorisé, disposant d'un plateau technique permettant de prendre en charge l'ensemble des complications de l'IVG : en savoir plus
- justifier d'une expérience professionnelle adaptée
- La téléconsultation est utilisable pour une à l'ensemble des consultations, avec l'accord de la femme et si le médecin ou la sage-femme le juge possible.
L'IVG médicamenteuse est prise en charge à 100 % par l'Assurance maladie :
Source : Assurance Maladie |
Information (1er temps)
- Informer sur l'IVG, par oral et par écrit concernant :
- le choix par la femme de la méthode de l'IVG, médicamenteuse ou chirurgicale, jusqu'à la fin de la 9e SA et en l'absence de contre-indication médicale
- le déroulé de l'expulsion en cas d'IVG médicamenteuse :
- métrorragies : dans les 3 à 4 heures suivant la prise de prostaglandine (ne sont pas une preuve d'expulsion complète)
- douleurs abdomino-pelviennes : quasi systématiques
- l'éventualité de visualiser le sac gestationnel jusqu'à 7 SA, et l'embryon, plus particulièrement entre 7 et 9 SA
- voir aussi le paragraphe sur les effets indésirables
- le risque de poursuite de grossesse nécessitant secondairement le recours à la méthode chirurgicale
- la nécessité d'une consultation de suivi : 2 semaines après l'IVG
- voir le Dossier guide IVG[autre lien]
- L'âge gestationnel est précisé par l'interrogatoire et l'examen clinique.
- Une échographie pelvienne doit être possible dans un délai rapide, réalisée sur place ou chez un échographiste
- Il est recommandé de repérer d'éventuelles violences conjugaleshas0035f
- Prescription d'un Groupe Rhésus en l'absence de carte de groupe :
- une détermination est suffisante
- l'absence de groupe ne doit pas retarder la prise en charge de l'IVG
- Proposer systématiquement un entretien psychosocial :
- obligatoire pour les mineures avant le recueil du consentement (facultatif pour les adultes)
- c'est un entretien d'information, de soutien et d'écoute
- il peut avoir lieu dans un EVARS, dans un centre de santé sexuelle, dans un service social ou autre organisme agréé, avec un professionnel qualifié en conseil conjugal et familial
- A l'issue du temps d'information :
- établir et remettre à la femme une attestation de consultation préalable à l'IVG
- conserver un exemplaire dans le dossier médical
Consentement écrit (2e temps)
- Recueil du consentement écrit :
- papier ou dématérialisé en cas de téléconsultation
- conservé dans le dossier médical
- Recueil du consentement chez une mineure :
- recueil du consentement du représentant légal
- si elle souhaite garder le secret, l'IVG est pratiquée à sa seule demande (dans ce cas elle doit se faire accompagner par la personne majeure de son choix)
- Délivrer une information orale et écrite :
- sur les suites normales de l'IVG
- conduite à tenir en cas de survenue d'effets indésirables
- coordonnées, dont numéro de téléphone, de l'établissement de santé à appeler ou à consulter en cas d'urgence
- vérifier que la femme est en mesure de s'y rendre dans un délai d'une heure
- une fiche de liaison (modèle p31 du guide pro)[autre lien vers le guide pro] contenant les éléments essentiels du dossier médical, destinée au médecin de l'établissement médical
- Proposition de dépistages :
- IST dont chlamydia
- cancer du col de l'utérus si besoinhas0044f
- Contraception :
- Il est utile de tenter de comprendre les raisons de l'échec de la contraception actuelle ou de son absence
- proposer +/- prescrire dès ce moment une contraception adaptée après une IVGhas0026f
Séquences médicamenteuses
- En France, les deux médicaments utilisés en association (Tableau 1 ) sont :
- mifépristone = antiprogestérone arrêtant la grossesse
- misoprostol = prostaglandine favorisant les contractions utérines et l'expulsion
- Ils sont délivrés :
- lors d'une consultation en présentiel : par le médecin ou la sage-femme
- après une téléconsultation : par la pharmacie
- en 2024, le misoprostol fait l'objet d'un cadre de prescription compassionnel dans cette situation : en savoir plus
moins de 7 SA jusqu'au 49e jour d'aménorrhée inclus
Choix parmi les deux : | entre 7 et 9 SA du 50e au 63e jour d'aménorrhée inclus un seul schéma : | |
puis 24 à 48h plus tard :
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puis 24 à 48h plus tard :
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puis 24 à 48h plus tard :
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| * voie transmuqueuse orale : les comprimés sont mis en place entre la joue et la gencive et les fragments résiduels doivent être avalés au bout de 30 minutes. | ||
La prise de misoprostol peut avoir lieu, au choix :
- en établissement de santé
- à domicile, à un moment adapté à l'emploi du temps de la femme.
- elle nécessite que la femme puisse gagner ou joindre rapidement 24h/24 un établissement de santé capable de prendre en charge les complications de l'IVG
- si les conditions de sécurité ne sont pas réunies (isolement géographique ou social...), privilégier l'hospitalisation ou une alternative à l'hospitalisation
- il est recommandé que la femme ne soit pas seule à son domicile lors de l'expulsion
- si la prise a lieu hors du domicile : il existe un risque d'expulsion sur le trajet du retour au domicile
Prescriptions associées
- La prescription d'antalgiques est systématique :
- palier 1 : AINS
- par exemple ibuprofène à dose antalgique
- à prendre avant ou en même temps que le misoprostol, ou si besoin
- et palier 2 :
- par exemple, paracétamol associé à la codéine
- à prendre si besoin
- palier 1 : AINS
- Un arrêt de travail peut être envisagé.
- Chez toutes les femmes Rhésus négatif : prévention de l'allo-immunisation :
- une injection de immunoglobulines anti-D 200 µg (voie intraveineuse ou intramusculaire)
- au plus tard dans les 72 heures qui suivent les métrorragies
- en cas d'IVG médicamenteuse à domicile, il est recommandé de faire l'injection lors de la prise de mifépristone
- Prévoir d'emblée :
- la visite de suivi pour vérifier la vacuité utérine : 14 à 21 jours après l'IVG
- le contrôle de dosage de β-hCG plasmatique (ou β-hCG urinaire semi-quantitatif, adapté au suivi de l'IVG médicamenteuse)
Effets indésirables
- Les effets indésirables probables sont :
- Douleurs abdomino-pelviennes :
- induites par les contractions utérines, quasiment systématique
- peuvent varier en intensité selon les personnes
- augmentent avec la parité, l'âge gestationnel et les doses de prostaglandines
- Métrorragies
- témoins de l'effet du traitement médical, elles accompagnent toujours l'expulsion mais elles ne sont pas une preuve d'expulsion complète
- elles surviennent souvent dans les 3 à 4 heures suivant la prise de misoprostol et peuvent aussi survenir à distance de l'expulsion, au-delà de 30 jours après la prise de mifépristone
- des métrorragies abondantes peuvent nécessiter un curetage hémostatique
- la fréquence des complications de l'IVG à domicile (hémorragies sévères) est comparable à celle des IVG réalisées en milieu hospitalier
- Nausées, vomissements, diarrhées sont très fréquents
- Douleurs abdomino-pelviennes :
- Par ailleurs :
- fièvre, frissons sont possibles
- les infections pelviennes sont peu fréquentes. L'intérêt d'une antibioprophylaxie n'est pas évalué
Consultation de suivi post-IVG
- Une consultation de suivi est à prévoir entre le 14e et le 21e jour post-IVG.
- Le contrôle de l'efficacité de la méthode est réalisé via examen clinique (si la consultation est en présentiel) et :
- dosage de β-hCG plasmatique (ou β-hCG urinaire semi-quantitatif, adapté au suivi de l'IVG médicamenteuse)
- ou une échographie pelvienne
- Les échecs de la méthode médicamenteuse comprennent :
- les grossesses évolutives
- les grossesses arrêtées mais incomplètement expulsées
- une hémorragie nécessitant des gestes endo-utérins à visée hémostatique (curetage)
- En cas d'échec de l'IVG médicamenteuse, une aspiration endo-utérine est nécessaire.
- Discuter de la contraception :
- son adéquation avec les besoins de la femme, sa compréhension et sa bonne utilisation
- le cas échéant, un dispositif intra-utérin peut être mis en place, uniquement en cas de preuve de la vacuité utérine
- Un accompagnement psychologique peut être proposé.
Références
Référence principale
Références complémentaires
- HAS. Interruption volontaire de grossesse par méthode médicamenteuse - Mise à jour. Argumentaire ; mars 2021
- Ministère de la santé et de la prévention. Interruption volontaire de grossesse médicamenteuse hors établissement de santé. Livret d'information à l'attention des médecins et des sage-femmes. Janvier 2023 - [autre lien]
- Ministère de la santé et de la prévention. Interruption volontaire de grossesse (IVG). Dossier-Guide. Avril 2024 - [autre lien]
- Ministère de la santé et de la prévention. IVG médicamenteuse hors établissement de santé. Fiche de synthèse. Internet : consulté le 03/05/2024 - [autre lien]
- L'Assurance Maladie. L'IVG médicamenteuse en ville. ameli.fr pour les médecins. Mise à jour 18 mars 2024
- ANSM. IVG médicamenteuses : maintien de la possibilité de les réaliser jusqu'à la 7? semaine de grossesse en dehors d'un établissement de santé. Mars 2022
Auteurs de la synthèse
Morgan Gendron , Nicolas de Chanaud , Alexis Leclerc , Hélène Hyron et Agnès Peltier