Monkeypox ou Mpox : Prise en charge en médecine de 1er recours
Publication par la HAS
05/09/2022
Synthèse par ebmfrance
27/01/2023
Thématiques
À retenir
- L'infection par le virus Monkeypox est transmissible essentiellement par contact direct cutanéomuqueux (dont rapport sexuel), plus occasionnellement par gouttelettes respiratoires et/ou par l'intermédiaire d'un objet.
- La période d'incubation est comprise entre 5 et 21 jours.
- Le diagnostic est avant tout clinique :
- contexte d'exposition
- lésions cutanéomuqueuses polymorphes (anogénitales, oropharyngées), parfois très douloureuses
- adénopathies douloureuses, angine, anite, rectite
- signes généraux : fièvres, céphalées...
- Le diagnostic biologique par PCR est indiqué en cas de doute clinique.
- Si transmission par contact sexuel, réaliser un bilan IST systématique .
- Le traitement des formes simples est ambulatoire et symptomatique (évolution favorable en 2 à 4 semaines) :
- isolement
- traitement antalgique (contre-indication des AINS ou corticoïdes)
- surveillance : téléconsultation à 1 semaine au minimum, à adapter
- La prévention repose notamment sur :
- la vaccination pré-exposition des personnes les plus à risque
- la vaccination post-exposition et l'autosurveillance des personnes contacts à risque
- Il s'agit d'une maladie à déclaration obligatoire.
Synthèse de la prise en charge
Figure 1. Synthèse de la prise en charge

Physiopathologie
- L'infection par le virus Monkeypox ou Mpox, aussi appelée « variole du singe », est une zoonose virale due à un orthopoxvirus.
- Le virus peut être transmis :
- préférentiellement, par contact direct cutanéomuqueux, notamment sexuel
- plus occasionnellement, par gouttelettes respiratoires et/ou par l'intermédiaire d'un objet (linge, vaisselle...)
- La période d'incubation est comprise entre 5 et 21 jours (apparition des symptômes le plus souvent en 6 à 13 jours).
- Les personnes infectées sont contagieuses dès l'apparition des premiers symptômes et jusqu'à la cicatrisation complète des lésions cutanées et chute des croûtes le plus souvent en 3 semaines.
- À ce jour, le rôle des personnes asymptomatiques dans la chaine de transmission est inconnu.
- La durée de l'immunité naturelle après infection est inconnue.
Épidémiologie
- Jusqu'en 2022, la zone d'endémie était limitée à l'Afrique.
- L'épidémie qui sévit en 2022 en Europe et dans le reste du monde semble présenter une clinique différente de celle observée auparavant :
- la plupart des cas européens concerne des hommes ayant des relations sexuelles avec des hommes (HSH) et des partenaires multiples
- en France, 95% des cas sont survenus chez des HSH
- la transmission a eu lieu majoritairement lors de contacts sexuels
- Au 29 août 2022 : 3 547 cas confirmés par PCR en France, dont 3 % hospitalisés, aucun décès.
Examen clinique
- Le diagnostic est clinique (tableau clinique et contexte d'exposition).
Interrogatoire
- Rechercher un contexte d'exposition :
- population à risque d'exposition :
- hommes ayant des relations sexuelles avec des hommes (HSH)
- travailleurs du sexe
- personnes transgenres
- multipartenaires
- professionnels de lieux de consommation sexuelle
- personnes contacts à risque
- population à risque d'exposition :
- Demander à la personne si elle connaît son statut VIH.
Examen physique
- Les symptômes sont polymorphes. Le tableau clinique typique comporte :
- lésions cutanéomuqueuses (Figure 2) :
- préférentiellement au niveau ano-génital ou de la muqueuse buccale, mais également : visage, tronc, membres, extrémités
- polymorphes apparaissant en plusieurs floraisons (lésions d'âges différents coexistant) et évoluant dans le temps : vésicules, pustules ombiliquées puis lésions ulcérées et croûteuses, voire escarre nécrotique
- parfois prurigineuses et très douloureuses, notamment au niveau des muqueuses
- 1 à 50 voire 100 lésions (dans 10% des cas : une seule lésion)
- adénopathies douloureuses dans le territoire de drainage (cervicales, inguinales...)
- angine, odynophagie, anite ou rectite (souvent douloureuse)
- symptômes généraux : fièvre, céphalées, myalgies, asthénie...
- lésions cutanéomuqueuses (Figure 2) :
Figure 2. Lésions cutaneomuqueuses d'une infection par le Monkeypox

Aide au diagnostic
- Pour le diagnostic ou l'orientation, il est possible d'avoir recours à la téléexpertise, en contactant :
- un infectiologue ou un dermatologue référent d'un établissement de santé spécialisé ou au sein d'un Centre Gratuit d'Information, de Dépistage et de Diagnostic (CeGIDD)
- le centre 15
- les cellules d'appui au diagnostic mises en place :
- en Ile-de-France
- pour les autre régions : contacter le 0 801 90 80 69 (« Monkeypox Info Service »)
Examens paracliniques
Test PCR
- La recherche par test PCR spécifique est recommandée lorsque le tableau clinique n'est pas suffisamment explicite.
- symptomatologie atypique : test PCR
- symptomatologie évocatrice et pas d'exposition identifiée : test PCR
- symptomatologie évocatrice et population à risque d'exposition : test PCR sauf par exception si :
- symptômes suffisamment évocateurs
- ET contexte de risque d'exposition au virus
- ET absence de signes de gravité
- ET élimination des diagnostics différentiels
- symptomatologie évocatrice et personne contact à risque : test PCR non nécessaire
Figure 3. Indications de la PCR dans le diagnostic de Monkeypox

- Pour connaître les modalités de prélèvement, contacter le laboratoire d'analyse du secteur ou le laboratoire du service hospitalier référent ou le CeGIDD.
- privilégier des prélèvements de lésions muqueuses puis cutanées, un à deux prélèvements suffisent
- un prélèvement oropharyngé ou nasopharyngé est possible si poussée éruptive dans la sphère ORL ou si absence de lésions cutanéomuqueuses
- la prescription médicale doit préciser : contexte d'exposition, signes cliniques, site(s) de prélèvement, statut vaccinal vis-à-vis de la variole
- À ce jour, il n'est pas indiqué de faire un dépistage par test PCR pour les personnes à risque d'être contaminées qui sont asymptomatiques, y compris les cas contacts.
- Il n'existe ni tests rapides d'orientation diagnostique (TROD), ni tests sérologiques ou antigéniques spécifiques, validés à ce jour.
Dépistage des IST associées
- Dans le cadre d'une transmission par contact sexuel, réaliser systématiquement un bilan diagnostique IST :
- d'emblée : sérologie VIH, VHB, VHC, Syphilis, PCR Gonocoque et Chlamydia sur le premier jet urinaire
- dès la levée de l'isolement (pas avant, en raison du classement hautement pathogène de l'agent Monkeypox) : PCR chlamydia et gonocoque au niveau anal et pharyngé
Complications possibles
- Complications locales :
- surinfection des lésions cutanées (impétiginisation, dermohypodermite)
- ulcération avec risque de cicatrice post-lésionnelle si lésions creusantes
- forme hyperalgique (amygdalite, anite, rectite)
- Complications viscérales :
- bronchopneumonie
- myocardite
- encéphalite
- complications oculaires...
- Déshydratation sévère suite à vomissements, diarrhées ou lésions buccales empêchant une hydratation adéquate.
- Retentissement psychologique de l'infection, des douleurs.
Diagnostics différentiels
- Autres maladies éruptives : herpès, varicelle, infections bactériennes cutanées superficielles (en particulier folliculite), syphilis...
Prise en charge du patient
- La prise en charge se fait en ambulatoire dans la plupart des cas.
- Possibilité de remettre au patient une fiche d'information
Isolement
- Isolement au domicile dès l'apparition des symptômes, jusqu'à cicatrisation des lésions (disparition des croûtes) et au minimum 21 jours :
- télétravail ou arrêt de travail
- si possible dans une pièce séparée (pour l'hygiène, les repas et le sommeil), pas de sortie ni visite, sauf indispensable
- éviter tout contact physique (pas de rapport sexuel, même avec un préservatif, pas d'embrassade, de contact peau à peau...)
- l'utilisation d'un préservatif est recommandée jusqu'à 8 semaines après la fin de la période de contagiosité
- porter un masque chirurgical en présence d'autres personnes
- ne pas partager ses effets personnels (objets, vaisselle, vêtements, linge de maison)
- si lésions sur les mains, éviter de se toucher les yeux :
- risque d'autocontamination oculaire
- éviter tout contact avec les animaux domestiques (possibilité de transmission à l'animal)
- faire livrer les achats du quotidien par des tiers
- au regard des répercussions possibles (douleur, stress, santé mentale...), si besoin :
- soutien psychosocial auprès d'une association de santé communautaire
- prise en charge psychologique (téléconsultation)
- En cas de nécessité de sortie dans l'espace public :
- couvrir au mieux les boutons et croûtes (vêtements, pansements)
- éviter les transports en commun
- Conseils d'hygiène pour le patient durant l'isolement :
- mains propres, ongles courts, ne pas se gratter, ne pas toucher les lésions
- se laver les mains avant tout contact et régulièrement en utilisant eau et savon ou une solution hydroalcoolique
- privilégier les douches aux bains et se sécher en tamponnant (sans frotter)
- laver ses affaires personnelles séparément (vaisselle, linge à 60° si possible)
- nettoyer régulièrement les surfaces, surtout sanitaires (1 fois par jour), avec les produits habituels
- mettre pansements, bandages souillés et croûtes (si elles tombent) dans un sac-poubelle spécifique à fermer, puis mettre dans un autre sac poubelle à fermer avant de le jeter avec les déchets ménagers
- Conseils d'hygiène pour les proches :
- se laver les mains régulièrement (savon ou solution hydro alcoolique)
- éviter tout contact direct (peau à peau) avec la personne infectée ou ses effets personnels (vaisselle, linge, ...)
- porter un masque chirurgical à sa proximité
Indications d'un nouvel avis médical
- Si évolution des symptômes (autosurveillance) :
- sur la peau ou les muqueuses : rougeur, chaleur et gonflement étendus
- douleurs non soulagées par les antalgiques prescrits
- fièvre supérieure à 38°C pendant plus de 5 jours
- toux/crachats, difficultés à respirer
- désorientation
- difficulté à se déplacer
- baisse de la vision
Rechercher les personnes contact
- Demander au patient d'informer les personnes de son entourage qui pourraient être contact à risque et lui communiquer les recommandations à leur transmettre : voir paragraphe Prise en charge des personnes contact à risque .
Traitements médicamenteux
- Traitement des lésions cutanées
- lésion simple : eau et savon
- lésion surinfectée : désinfection (chlorhexidine)
- croûtes : pommade grasse
- pas de corticothérapie locale
- pas de pansement, sauf sur les zones exposées si suintement ou risque de contact
- Traitement des douleurs
- contre-indication des AINS et corticoïdes
- antalgiques (paliers 1 à 3) adaptés à l'intensité des douleurs
- antalgique par voie locale :
- crèmes / gels anesthésiques topiques (lidocaïne, lidocaïne + prilocaïne) (+/- laxatifs), en particulier au niveau anal ou buccal (uniquement sur les lésions des muqueuses)
- bains de bouche (bicarbonate de sodium, chlorhexidine)
- bains de siège (bicarbonate de sodium, Sels d'Epsom)
- si lésions vulvaires : uriner dans un bain d'eau tiède pour diminuer la douleur
- Traitement antibiotique uniquement si impétigo (voir has0006f) ou en cas de suspicion d'IST associée
- Traitements antiviraux
- les traitements antiviraux ne sont pas indiqués en ambulatoire
- ils peuvent être envisagés au cas par cas en hospitalier dans les formes graves
Avis spécialisé et hospitalisation
Critères d'avis spécialisé ou d'accompagnement spécifique
- Les situations justifiant la prise d'un avis spécialisé :
- patients à risque de forme grave
- immunodéprimés (personne vivant avec le VIH ayant des CD4 <200/mm3, autres causes d'immunodépression)
- femmes enceintes
- jeunes enfants
- en cas d'évolution défavorable des lésions cutanées
- en cas d'atteinte très douloureuse
- en cas d'atteintes oculaires
- patients à risque de forme grave
- Les situations nécessitant un accompagnement médico-social spécifique :
- situation de précarité
- patients ne pouvant pas respecter l'isolement (ex : troubles psychiatriques majeurs)
Critères d'hospitalisation
- Les situations justifiant l'hospitalisation du patient :
- douleurs très intenses, mal contrôlées
- épiglottite, œdème des voies aériennes supérieures, pneumopathies sévères
- certaines dermohypodermites, voir aussi has0009f
- autres formes sévères de lésions cutanéomuqueuses profuses
- méningo-encéphalites, myocardites
- défaillances viscérales
- atteinte ophtalmologique et baisse de la vision
Déclaration obligatoire
- L'infection par le virux Monkeypox est une maladie à déclaration obligatoire en France : accéder au formulaire depuis la liste des maladies à déclaration obligatoire
Évolution et surveillance
- La guérison spontanée est généralement acquise entre 2 et 3 semaines, parfois jusqu'à 4 semaines.
- Une surveillance régulière par téléconsultation est à mettre en place, au minimum 1 fois par semaine, à adapter au contexte.
Vaccination
- Voir la liste des centres de vaccination.
Vaccination pré-exposition
- Le vaccin antivariolique de 3e génération uniquement est recommandé en pré-expostition pour les personnes à très haut risque d'exposition :
- il s'agit d'un vaccin vivant atténué
- les vaccins commercialisés en France sont : IMVANEX° et JYNNEOS°
- Les populations à vacciner en priorité sont :
- les HSH et les transgenres rapportant des partenaires sexuels multiples
- les travailleurs du sexe
- les professionnels des lieux de consommation sexuelle, quel que soit le statut de ces lieux
- Schéma vaccinal : voir tableau 1 .
- La vaccination systématique en pré-exposition des professionnels de santé à très haut risque d'exposition professionnelle au Monkeypox n'est à ce jour pas recommandée.
- Il est préférable d'éviter de vacciner les femmes enceintes ou allaitantes.
- Le respect des mesures de prévention de la transmission du virus Monkeypox reste nécessaire, même pour les personnes vaccinées.
Tableau 1. Schéma vaccinal antivariolique pré et post exposition au virus du Monkeypox
| Cas général | Personne vivant avec le VIH ayant un taux de CD4 < 200/mm3 * | Personne Immunodéprimée hors VIH | |
| Personne déjà vaccinée contre la variole | 1 dose | 2 doses (S0, S4) | 3 doses (S0, S4, S12) |
| Personne sans vaccination antérieure | 2 doses espacées a minima de 28 jours (S0, S4) | 3 doses (S0, S4, S12) | 3 doses (S0, S4, S12) |
| *En dessous de 50/mm3, le bénéfice de la vaccination est peu probable mais la vaccination doit être envisagée au cas par cas selon le risque d'exposition. Les personnes vivant avec le VIH ayant un taux de CD4 > 200/mm3 sont assimilées au cas général pour le schéma vaccinal. | |||
Vaccination post-exposition
- Mise en œuvre d'une stratégie vaccinale réactive en post-exposition pour les personnes adultes contacts à risque d'exposition, incluant les professionnels de santé exposés sans mesure de protection individuelle :
- idéalement dans les 4 jours après le contact à risque (avant l'apparition des symptômes) et au maximum 14 jours plus tard
- schéma vaccinal : voir tableau 1
- après avis spécialisé pour : femmes enceintes ou allaitantes, enfants
Mesures de protection pour les professionnels de santé
- Le soignant qui prend en charge le patient doit prendre les précautions Air Contact :
- solution hydroalcoolique, masque FFP2 - Fit check (ou contrôle d'étanchéité), lunettes et gants en cas de contact avec les lésions
- surblouse
- en cas de contact rapproché de type toilette : tablier ou de préférence surblouse étanche, couvrante
- traitement des surfaces : désinfectant répondant à la norme 14476
- déchets de soins : filière DASRI
Prise en charge des personnes contacts à risque
- Personnes contact à risque :
- contact physique direct non protégé sans notion de durée, avec la peau lésée ou les fluides biologiques d'un cas, quelles que soient les circonstances : rapport sexuel, soin médical ou paramédical...
- contact physique indirect non protégé : partage d'ustensiles de toilette, contact avec des textiles (vêtements, linges de bain, literie) ou de la vaisselle sale utilisés par le cas
- contact non protégé à moins de 2 mètres pendant 3 heures minimum avec un cas quel que soit le lieu et les modalités
- Prise en charge
- l'information des personnes-contacts à risque est à effectuer par leur cas index
- la prise en charge associe :
- vaccination réactive post-exposition : voir paragraphe Vaccination
- pas d'isolement
- pas de test PCR de dépistage
- autosurveillance pendant 21 jours (prise de température 2 fois par jour, lésions cutanéomuqueuses)
- Si fièvre, éruption :
- avis médical
- isolement/mesures barrières (voir paragraphe Prise en charge du patient )
Auteurs de la synthèse
Morgan Gendron , Hélène Hyron , Agnès Peltier et Thomas Higel