Guide de pratique clinique
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Insuffisance cardiaque chronique
Mise à jour par Duodecim
09/08/2022
Contextualisation par ebmfrance
09/06/2026
Thématiques
Les adaptations au contexte français sont signalées par le pictogramme
À retenir
- L'insuffisance cardiaque (IC) est un syndrome causé par une ou plusieurs maladies sous-jacentes qui sollicitent le système cardiovasculaire. Le diagnostic et la prise en charge de l'IC nécessitent presque toujours une coopération entre les professionnels des soins primaires et des soins spécialisés.
- Une échocardiographie doit être réalisée pour obtenir des informations sur la cause sous-jacente de l'IC, son mécanisme et sa gravité. En principe, une échocardiographie est indiquée pour tous les patients sur le point de commencer à prendre des médicaments à long terme pour gérer leur maladie.
- Les patients ayant une IC ont souvent plusieurs pathologies coexistantes, ce qui peut compliquer le diagnostic et le traitement.
- L'objectif doit toujours être de cibler la ou les causes sous-jacentes (par exemple, l'hypertension, l'ischémie myocardique, la maladie valvulaire ou l'arythmie). Toutes les maladies et conditions contribuant à l'IC doivent également être identifiées et traitées.
- Les principaux groupes de médicaments pour la prévention secondaire, en ce qui concerne le pronostic et les symptômes, sont les inhibiteur de l'enzyme de conversion (IEC), les antagonistes des récepteurs de l'angiotensine-II (également connus sous le nom de bloqueurs des récepteurs de l'angiotensine ou ARAII) et les bêta-bloquants, qui sont utilisés lors d'une phase asymptomatique ainsi que chez les patients à haut risque.
- Le traitement médicamenteux visant à optimiser les symptômes et le pronostic nécessite une surveillance étroite du patient.
Généralités
- L'IC est un syndrome complexe dans le cadre duquel le cœur est incapable de maintenir une circulation adéquate pour répondre aux besoins normaux de l'organisme. Le dysfonctionnement peut être causé par diverses maladies cardiovasculaires (tableau 1), les plus courantes étant la maladie coronarienne, l'hypertension et la maladie valvulaire, seules ou en différentes combinaisons.
- La défaillance de la pompe déclenche des mécanismes neurohormonaux compensatoires dans l'organisme qui peuvent, lorsque le dysfonctionnement circulatoire devient chronique, contribuer à aggraver la fonction cardiaque.
- L'insuffisance cardiaque symptomatique touche 1 à 2 % de la population adulte européenne.
- L'incidence de l'IC augmente avec l'âge. La prévalence de l'IC chronique est ≥ 10 % chez les personnes âgées de plus de 70 ans. 50 % des patients ont ≥ 80 ans.
- L'insuffisance cardiaque peut être causée par une altération de la contractilité du myocarde (IC systolique ou IC à fraction d'éjection réduite), par la rigidification des parois du cœur (IC diastolique ou insuffisance cardiaque à fraction d'éjection préservée) ou, le plus souvent, par une combinaison des deux.
- dans l'ensemble de la population, les taux d'incidence de l'IC systolique et de l'IC diastolique sont pratiquement égaux.
- chez les personnes âgées (plus de 80 ans), le mécanisme diastolique de l'IC est plus fréquent.
- En l'absence de traitement, le pronostic de l'IC est mauvais, que l'insuffisance soit due à une dysfonction systolique ou diastolique.
- Chez 30 à 50 % des patients ayant la forme la plus grave d'IC (classification NYHA III à IV ; tableau 4), la maladie évolue jusqu'au décès dans l'année qui suit le diagnostic. De nombreux patients ont d'autres comorbidités importantes.
- Un traitement médicamenteux bien géré peut réduire de manière significative les symptômes et améliorer le pronostic.
- Le diagnostic et la prise en charge visent à :
- identifier l'existence de l'affection, la ou les maladies cardiaques sous-jacentes ainsi que toutes les maladies et affections qui y contribuent
- comprendre le mécanisme de l'insuffisance
- orienter les patients de manière appropriée vers des soins spécialisés pour des examens et une prise en charge
- voir aussi l'article Insuffisance cardiaque aiguë ebm00089.
- respecter les principes d'un traitement médicamenteux adéquat
- médicaments affectant le pronostic
- médicaments symptomatiques
Causes et mécanismes de l'IC
- Les pathologies conduisant à l'IC sont présentées dans le tableau 1.
- Dans l'IC systolique (insuffisance cardiaque avec fraction d'éjection réduite), la contractilité du myocarde est altérée (fraction d'éjection du ventricule gauche < 40 %).
- cardiomyopathie ischémique (maladie coronarienne)
- hypertension
- maladies valvulaires (le rétrécissement aortique et la régurgitation mitrale sont les plus fréquentes)
- cardiomyopathies (dilatée, hypertrophique, restrictive)
- arythmies (fibrillation auriculaire [FA] rapide, tachycardie soutenue)
- Dans l'IC diastolique (insuffisance cardiaque avec fraction d'éjection préservée), la relaxation et/ou l'élasticité passive du ventricule gauche sont altérées, de même que sa capacité à se dilater pendant la diastole. La fraction d'éjection du ventricule gauche est normale ou presque normale (≥ 50 %).
- hypertrophie ventriculaire gauche (HVG) associée à l'hypertension ou à l'âge avancé
- cardiomyopathie ischémique (maladie coronarienne)
- cardiomyopathie restrictive (maladies métaboliques de stockage, telles qu'amylose cardiaque, hémochromatose)
Tableau 1. Maladies conduisant à une insuffisance cardiaque
| Causes de l'insuffisance cardiaque | |
|---|---|
| Causes les plus fréquentes (80 à 90 % des cas) | Seule ou en différentes combinaisons
|
| Causes plus rares | Dysfonctionnements cardiaques ou circulatoires
Cause métabolique
Infectieuse
Infiltrante
Associée à une chimiothérapie
Toxique
|
Objectifs du traitement de l'IC
- Réduire la mortalité
- Améliorer les symptômes et la qualité de vie
- Prophylaxie
- prévenir la progression des lésions myocardiques
- prévenir l'aggravation des symptômes
- réduire la nécessité d'une hospitalisation
Facteurs précipitant et exacerbant l'IC
- Causes cardiovasculaires
- ischémie myocardique, angor instable
- tachyarythmie (FA rapide)
- bradyarythmies (maladie du nœud sinusal, bloc AV)
- hypertension
- embolie pulmonaire
- Autres causes
- infections, par exemple pneumonie, infection systémique (septicémie)
- anémie, carence en fer
- hyperthyroïdie et hypothyroïdie
- insuffisance rénale
- obésité
- problèmes liés au traitement médicamenteux
- non-observance des médicaments cardiologiques
- prise excessive ou continue d'AINS ebm00883
- médicaments qui réduisent la contractilité du myocarde, tels que le vérapamil, le diltiazem, le disopyramide (ainsi que les bêta-bloquants en cas de démarrage du traitement avec des doses élevées)
- consommation excessive de sel et de liquides
- consommation excessive d'alcool
- Voir aussi le tableau 1
Diagnostic
- Aucun symptôme ni signe clinique ne permet à lui seul d'établir le diagnostic d'IC. Les symptômes typiques de l'IC, les constatations cliniques ainsi que les résultats des examens d'imagerie sont tous pris en compte pour poser ce diagnostic. Il est donc important de collaborer avec des spécialistes d'organes dès le moment du diagnostic, car le patient aura souvent besoin d'examens d'imagerie qui ne sont généralement pas du ressort des soins primaires.
- Voir les tableaux 2 et 3
Tableau 2. Critères de diagnostic de l'IC
| Critères de diagnostic | Signes et symptômes |
|---|---|
| 1. Le patient a des symptômes typiques de l'IC ou est connu pour avoir une maladie cardiaque qui prédispose à l'IC (hypertension, maladie coronarienne, séquelles d'infarctus du myocarde ou maladie valvulaire, par exemple). |
|
| 2. Le patient a des signes cliniques spécifiques de l'IC. |
|
| 3. Les examens d'imagerie montrent une atteinte structurelle et/ou fonctionnelle du cœur (échocardiographie, scintigraphie ventriculaire, angiographie ventriculaire gauche, IRM cardiaque). |
Tableau 3. Diagnostic clinique de l'IC
| Diagnostic de l'IC | Autres maladies et affections à prendre en compte | |
|---|---|---|
| appuyé par | écarté par | |
|
|
|
Symptômes
- Dyspnée ou fatigue anormale à l'effort ou au repos
- orthopnée et toux en position couchée
- la dyspnée à l'effort peut également avoir d'autres causes, telles qu'une coronaropathie, une bronchopneumopathie chronique obstructive (BPCO) ou l'asthme, une embolie pulmonaire chronique, l'obésité, une mauvaise condition physique ou le vieillissement.
- Prise de poids et œdèmes
- ces symptômes ne permettent pas de poser un diagnostic s'ils sont indépendants, mais ils sont importants pour le suivi de la réponse au traitement.
- La perte d'appétit est souvent associée à une IC droite sévère, à une congestion hépatique et intestinale ainsi qu'à de l'ascite.
- La cachexie (perte de graisse et de tissu musculaire) est un signe d'insuffisance cardiaque avancée, de longue durée et de mauvais pronostic.
Problèmes liés au diagnostic différentiel
- Obésité sévère (IMC généralement ≥ 35 kg/m2)
- Mauvaise condition physique et manque d'exercice
- Maladie coronarienne avec dyspnée à l'effort comme principal symptôme
- Insuffisance veineuse provoquant un œdème des chevilles (la réduction de l'œdème au moyen de diurétiques ne confirme pas le diagnostic d'IC)
- BPCO et asthme induit par l'activité physique
- Embolie pulmonaire et hypertension pulmonaire
Classification NYHA
- La capacité fonctionnelle globale d'un patient ayant une IC chronique peut être décrite à l'aide de la classification de la New York Heart Association (classification NYHA) ; voir le tableau 4.
- La classification NYHA évalue le stade de l'IC et permet de déterminer le pronostic.
- La capacité fonctionnelle du patient évolue au cours des différents stades de la maladie et peut s'améliorer grâce à un traitement médicamenteux ou à un dispositif, ce qui doit être consigné dans le dossier du patient lors des visites de suivi.
Tableau 4. Classification NYHA
| Classe NYHA | Symptômes |
|---|---|
| NYHA I | Pas de limitation significative de l'activité physique. Les activités de la vie quotidienne ne provoquent pas de symptômes, même si l'échocardiographie révèle un dysfonctionnement du ventricule gauche. |
| NYHA II | Limitation de l'activité physique. Une activité physique intense entraîne une dyspnée ou une fatigue anormale. |
| NYHA III | Limitation marquée de l'activité physique. Une activité physique réduite entraîne une dyspnée ou une fatigue. |
| NYHA IV | Toute activité physique provoque des symptômes. Ceux-ci peuvent également se manifester au repos. |
Constatations cliniques
- Tachycardie (> 90/min), rythme irrégulier (fibrillation auriculaire, battements ectopiques fréquents)
Turgescence jugulaire (TJ)
- distension de la veine jugulaire interne observée au-dessus de la clavicule lorsque le patient est assis. Pour des raisons d'anatomie, la mesure de la TJ peut s'avérer difficile chez certains patients.
- elle peut être mesurée plus facilement en appliquant une légère pression sur le bord du foie, tandis que le patient est en position semi-allongée (réflexe hépatojugulaire).
- Un troisième bruit cardiaque (galop ventriculaire) chez un patient de plus de 40 ans évoque une augmentation de la pression de remplissage du ventricule gauche. L'effort, la position latérale ou l'élévation des jambes renforcent ce troisième bruit du cœur.
- Régurgitation mitrale
- Hépatomégalie
- le bord du foie s'étend jusqu'au-dessous de l'arc costal et est sensible à la palpation.
- Œdème prenant le godet au niveau des membres inférieurs ; ce type d'œdème peut également être dû à de nombreuses autres étiologies ebm00099.
- Tachypnée (> 20/min)
- Des crépitants humides et une respiration sifflante peuvent être audibles en cas d'insuffisance sévère et aiguë.
- une maladie pulmonaire peut également être à l'origine d'une respiration sifflante et de crépitements.
Examens complémentaires
ECG
- Les changements liés à une séquelle d'infarctus (ondes Q) et les modifications du segment ST-T suggérant une ischémie révèlent également la cause de l'IC.
- Hypertrophie (HVG, HVD, déformation de l'oreillette)
- Bloc de branche gauche (BBG), durée du complexe QRS > 120 ms
- Arythmies (FA, extrasystoles fréquentes, tachycardie ventriculaire [TV])
- Un ECG normal est une preuve solide en faveur de l'absence d'IC.
Analyses biologiques
- Aident au diagnostic différentiel et à l'identification des facteurs aggravants.
- Peuvent révéler la cause de l'insuffisance et prédire le pronostic.
- Les tests fondamentaux pour le bilan diagnostique sont les suivants :
- numération formule sanguine de base avec numération plaquettaire
- potassium, sodium et créatinine plasmatiques, DFGe (calculateur pge00006)
- ALAT
- glycémie plasmatique à jeun, HbA1C
- CRP
- TSH
- proBNP ou BNP
- troponine
- lipides
- ferritine, récepteur de la transferrine (TfR) , en cas d'anémie ou d'antécédents de carence en fer
- analyse chimique des urines
- Les analyses biologiques à effectuer au cours de la phase de suivi dépendent en grande partie des traitements médicamenteux utilisés et des comorbidités (voir Suivi ).
Peptide natriurétique de type B et proBNP
- Niveau de preuves
- L'augmentation de la pression de remplissage ventriculaire active la synthèse et la libération du peptide natriurétique de type B (BNP).
- Un taux normal de BNP (< 35 pg/ml*) et de Nt-proBNP (< 125 pg/ml*) excluent une dysfonction systolique avec un degré de certitude de plus de 90 %. Un taux considérablement accru évoque très fortement une IC. Voir le tableau 5.
- * valeurs de référence selon les recommandations 2021 de la Société européenne de cardiologie (ESC) ; pg/ml = ng/l
- Le taux de proBNP est plus élevé chez les femmes que chez les hommes, et les taux augmentent avec l'âge.
- Le taux de BNP augmente également avec l'âge et est plus élevé chez les femmes que chez les hommes. Cependant, la différence est plus faible que dans le cas du proBNP.
- Les laboratoires rapportent généralement les valeurs de référence normales du BNP et du proBNP séparément pour les deux sexes et les deux groupes d'âge.
- Des taux légèrement élevés constituent une « zone grise » de diagnostic.
- des taux légèrement élevés de BNP sont observés dans les pathologies qui augmentent la pression ventriculaire droite, comme l'asthme, la BPCO et l'embolie pulmonaire.
- de légères augmentations peuvent également être observées en cas de rétrécissement aortique asymptomatique, d'hypertrophie ventriculaire gauche, d'insuffisance rénale, de cirrhose hépatique et d'hypervolémie due à diverses étiologies. Les arythmies rapides (FA) augmentent les taux de BNP.
- l'association d'un ARAII et d'un inhibiteur de la néprilysine (ARNI), augmente les taux de BNP.
- Des taux très élevés de BNP reflètent la gravité de l'insuffisance et sont associés à un mauvais pronostic.
- En plus de servir au diagnostic, le BNP peut également être utilisé pour surveiller la réponse au traitement.
Tableau 5. Utilisation du BNP et du proBNP dans le diagnostic de l'IC. Le diagnostic repose également sur les observations cliniques, l'ECG et la radiographie pulmonaire.
| Taux de BNP et de proBNP | Interprétation |
|---|---|
| Une IC est peu probable ; rechercher d'autres causes aux symptômes. |
| Des examens complémentaires sont nécessaires ** Voir les taux anormaux et légèrement élevés ci-dessous. |
| BNP/proBNP anormal ou légèrement élevé (dans la « zone grise ») | |
| Diagnostic incertain ; les observations doivent être liées aux symptômes cliniques et les valeurs de référence spécifiques au sexe et à l'âge doivent être prises en compte. Cependant, des examens complémentaires sont souvent nécessaires ** |
| IC chronique probable * Des examens complémentaires sont nécessaires ** |
* Les valeurs de référence sont conformes aux recommandations 2021 de l'ESC ; pg/ml = ng/l. L'interprétation doit également tenir compte des valeurs de référence spécifiques à la méthode, à l'âge et au sexe fournies par le laboratoire. ** Échocardiographie indiquée | |
Spirométrie
- Une spirométrie doit être systématiquement effectuée chez tous les patients ayant une dyspnée.
- Le patient qui a une IC peut également avoir une maladie pulmonaire nécessitant un traitement.
- Si l'examen clinique ou la radiographie du thorax mettent en évidence une congestion pulmonaire, celle-ci doit être traitée avant de procéder à la spirométrie.
Examens d'imagerie
Radiographie pulmonaire
- Dans la mesure du possible, il convient d'effectuer une radiographie pulmonaire en deux plans.
- La cardiomégalie peut être estimée en mesurant le rapport entre la silhouette du cœur et la largeur maximale de la cavité thoracique (rapport cardio-thoracique).
- un rapport supérieur à 0,5 est anormal.
- la cardiomégalie peut être absente en cas d'IC aiguë.
- L'évaluation de la congestion vasculaire pulmonaire peut révéler ce qui suit : augmentation des marques bronchovasculaires, en particulier dans les champs pulmonaires supérieurs, fissures pulmonaires proéminentes et lignes B de Kerley.
- En cas d'IC sévère, la radiographie peut montrer un œdème interstitiel (ombre trouble bilatérale) et un épanchement pleural.
- L'interprétation d'une congestion vasculaire légère peut être difficile à partir de radiographies isolées, en particulier si d'autres changements dus à une maladie pulmonaire chronique (fibrose, cicatrices) sont présents.
- Pour l'interprétation d'une radiographie pulmonaire, voir aussi l'article ebm00902.
Échocardiographie
- L'échocardiographie constitue un examen d'imagerie essentiel pour la confirmation du diagnostic d'IC. Elle permet également d'évaluer le mécanisme et la gravité de la maladie et fournit souvent des informations essentielles sur l'étiologie (voir ebm00054).
- D'après les recommandations de bonnes pratiques, une échocardiographie doit être réalisée chez tous les patients ayant un diagnostic clinique d'IC. L'examen est à discuter dans les cas où les éventuelles informations supplémentaires fournies par l'examen ne modifieront pas les décisions thérapeutiques déjà prises (par exemple, si, en raison de graves comorbidités, le traitement doit se concentrer uniquement sur le soulagement des symptômes).
- L'échocardiographie est indiquée chez tous les patients plus jeunes ayant une IC, ainsi que chez les patients plus âgés dont le diagnostic, l'étiologie ou la gravité de l'IC ne sont pas clairs.
- L'échocardiographie permet de différencier l'insuffisance cardiaque systolique de l'insuffisance cardiaque diastolique.
- la fraction d'éjection du ventricule gauche (FEVG) en cas de dysfonction systolique est inférieure à 40 % (insuffisance cardiaque avec fraction d'éjection réduite).
- dans l'insuffisance diastolique, la fraction d'éjection est ≥ 50 % (insuffisance cardiaque avec fraction d'éjection préservée).
- si le patient a des symptômes compatibles avec une insuffisance cardiaque et que la FEVG est comprise entre 41 et 49 %, les recommandations européennes parlent d'insuffisance cardiaque avec fraction d'éjection légèrement réduite.
- la fraction d'éjection est le rapport entre le volume d'éjection systolique (VES = le volume de sang éjecté par le ventricule gauche à chaque contraction) et le volume télédiastolique (VTD) du ventricule gauche.
- la détection d'une dysfonction diastolique par échocardiographie est plus complexe. Outre la mise en évidence d'une fonction systolique normale (FE ≥ 50 %), l'échocardiographie sert dans de tels cas à mettre en évidence une relaxation ventriculaire gauche anormale et une rigidité diastolique, ainsi qu'une augmentation de la masse ventriculaire gauche et du volume auriculaire gauche (VAG > 34 ml/m2).
- L'échocardiographie permet d'estimer indirectement la pression de remplissage du ventricule gauche et la pression de l'artère pulmonaire.
Indications pour la consultation d'un spécialiste et des examens spécialisés
- L'insuffisance cardiaque sévère peut être diagnostiquée à l'aide d'examens cliniques disponibles en soins primaires. Des examens spécialisés (échocardiographie) sont toutefois nécessaires pour vérifier le mécanisme de l'insuffisance .
- Le traitement d'une IC instable et d'une IC associée à des symptômes au repos doit être instauré à l'hôpital (classe III à IV de la NYHA ; tableau 4).
- Si les symptômes du patient sont légers ou modérés (NYHA I à II) et que la thérapie médicamenteuse permet de stabiliser la maladie, les examens complémentaires peuvent être effectués sans urgence.
- Un dysfonctionnement ventriculaire gauche léger peut être presque asymptomatique, et seule une échocardiographie permettra de confirmer le diagnostic.
- La consultation d'un spécialiste d'organe concernant l'affection sous-jacente et son traitement est indiquée si le patient est suspecté d'avoir une coronaropathie justifiant une revascularisation, une maladie valvulaire nécessitant un traitement invasif ou des arythmies nécessitant une prise en charge électrophysiologique.
- Outre les maladies cardiaques, de nombreux autres facteurs ont un impact sur les constatations cliniques, ce qui rend l'établissement d'un diagnostic et la planification du traitement plus difficiles. La consultation d'un spécialiste d'organe peut être indiquée dans de tels cas.
- Le diagnostic, le début du traitement et la titration du médicament exigent de la patience tant de la part du patient que du médecin. Plusieurs rendez-vous sont généralement nécessaires.
Traitement de l'IC systolique
Prise en charge non médicamenteuse
- Niveau de preuves
- Éducation et conseils en matière de mode de vie
- prévention de l'obésité
- réduction de la consommation de sel
- activité physique régulière
- restriction hydrique en cas d'IC sévère (symptômes NYHA III à IV)
- arrêt du tabac
- consommation modérée d'alcool
- obtention et maintien d'une couverture vaccinale (pneumocoques, grippe)
- Prise en charge des facteurs aggravants et des maladies coexistantes (par exemple, infections, anémie, diabète, dysthyroïdie, insuffisance rénale et BPCO)
- Traitement de la cause sous-jacente (par exemple, revascularisation en cas de coronaropathie, chirurgie valvulaire, rétablissement du rythme sinusal, placement d'un stimulateur cardiaque)
- Coordination de l'éducation et du suivi des patients tout au long du parcours de soins au sein du système de santé local. Intervention d'un(e) infirmier(e) spécialisé(e) et mise en place de soins à domicile pour surveiller le traitement médicamenteux et l'évolution de la maladie.
Thérapie médicamenteuse destinée à améliorer le pronostic
Médicaments agissant sur le système rénine-angiotensine-aldostérone (RAA)
- Niveau de preuves
- AAldosterone receptor antagonists spironolactone and eplerenone for congestive heart failure
- IEC ou ARAII
- améliorent le pronostic en cas d'IC légère, modérée et sévère, ainsi qu'en cas d'IC due à un infarctus du myocarde, y compris chez les patients asymptomatiques.
- la limitation de la consommation de sel et les diurétiques renforcent l'effet des IEC.
- la réponse au traitement est lente.
- si les IEC ne conviennent pas en raison d'effets indésirables, les ARAII peuvent être utilisés à la place ; des données scientifiques montrent une efficacité comparable à celle des IEC.
- combinaison d'un ARAII et d'un inhibiteur de la néprilysine (ARNI)
- améliore le pronostic en cas d'IC modérée ou sévère.
- Antagonistes des récepteurs minéralocorticoïdes (antagonistes de l'aldostérone ; spironolactone et éplérénone)
- améliorent le pronostic dans l'IC systolique sévère (NYHA III à IV) en cas d'association avec un IEC et un bêta-bloquant.
- réduisent l'incidence de la mort subite
- peuvent provoquer une hyperkaliémie, aggraver l'insuffisance rénale et augmenter l'incidence des arythmies.
Médicaments affectant le système nerveux sympathique
- Niveau de preuves
- Bêta-bloquants
- améliorent le pronostic de l'IC systolique légère, modérée et sévère.
- les patients ayant une cardiopathie ischémique bénéficieront tout particulièrement des bêta-bloquants.
- la réponse au traitement est lente ; les symptômes de l'IC peuvent s'aggraver temporairement au début du traitement.
- préviennent la mort subite.
Inhibiteurs du co-transporteur de sodium-glucose (iSGLT2)
- Ce groupe de médicaments a été introduit à l'origine pour traiter le diabète de type 2. Ces médicaments réduisent la réabsorption du glucose depuis le filtrat glomérulaire, favorisant ainsi l'excrétion du glucose dans l'urine et provoquant une diurèse osmotique.
- Chez les patients ayant une insuffisance cardiaque, cela a pour effet de diminuer la charge volumique, ce qui réduit la précharge cardiaque. La pression artérielle et la postcharge cardiaque sont ainsi réduites.
- L'efficacité de la dapagliflozine et l'empagliflozine en termes de réduction de la mortalité cardiovasculaire et des hospitalisations pour insuffisance cardiaque a été prouvée.
- Une réduction de la mortalité et des hospitalisations pour insuffisance cardiaque a été démontrée à la fois chez les patients ayant un diabète de type 2 et chez les patients non diabétiques.
- Il convient de prendre en considération l'augmentation de la diurèse dans le cas où le patient a également un traitement diurétique.
- Le risque d'infection des voies urinaires peut être plus élevé. Les effets indésirables rares comprennent l'acidocétose, les infections de la région génitale et la fasciite nécrosante périnéale (gangrène de Fournier).
- Les données concernant le traitement des patients très âgés restent rares. Il n'est pas recommandé d'instaurer un traitement par inhibiteur du SGLT2 chez un patient ayant une insuffisance rénale sévère (DFG < 25 ml/min).
- Les inhibiteurs de la SGLT2 semblent réduire les hospitalisations pour insuffisance cardiaque également chez les patients ayant une insuffisance cardiaque diastolique.
Traitement médicamenteux symptomatique
- Un diurétique est le médicament symptomatique de première intention en cas de congestion pulmonaire et d'œdème périphérique. La réponse est individuelle et peut être rapide en fonction du médicament et de la formulation utilisés. La dose initiale nécessaire sera plus importante que les doses requises pendant le traitement d'entretien, au cours duquel les doses efficaces les plus faibles doivent être utilisées.
- L'ivabradine peut être utilisée pour atténuer les symptômes induits par l'IC chez les patients ayant une insuffisance cardiaque systolique (NYHA II à IV), s'ils sont en rythme sinusal et ont une fréquence cardiaque supérieure à 75/min malgré un traitement médicamenteux optimal améliorant le pronostic (un bêta-bloquant et un IEC).
- La digoxine est indiquée pour optimiser la fréquence ventriculaire dans la FA si les bêta-bloquants n'ont pas apporté de réponse thérapeutique suffisante, ainsi que pour améliorer les symptômes dans l'IC sévère (NYHA III à IV) en complément d'un autre traitement médicamenteux optimal.
- Les dérivés nitrés peuvent être utilisés dans l'angine de poitrine et comme mesure de premier secours lors d'une phase aiguë pour traiter l'œdème pulmonaire (voir Traitement de l'insuffisance cardiaque aiguë ebm00089).
- Les inhibiteurs des canaux calciques amlodipine et félodipine peuvent être utilisés si le patient a une hypertension coexistante qui n'est pas contrôlée de manière adéquate par un IEC/ARAII et un bêta-bloquant.
- La combinaison d'un ARAII et d'un inhibiteur de la néprilysine (ARNI) diminue également la pression artérielle de manière efficace et peut être une bonne alternative à un IEC ou à un ARAII si la pression artérielle est élevée.
IC diastolique
- La fonction systolique du ventricule gauche (contractilité) reste presque normale (FE ≥ 50 %), mais le remplissage diastolique du ventricule gauche et la relaxation de la paroi sont altérés (insuffisance cardiaque avec fraction d'éjection préservée).
- Ne peut être confirmée que par échocardiographie.
- La dysfonction diastolique est généralement associée à une ischémie myocardique et se produit en même temps que la dysfonction systolique.
Peut survenir de manière isolée, en association avec une HVG et une fibrose accrue (hypertension, cardiomyopathie hypertrophique, cœur vieillissant) ou une infiltration myocardique (amyloïdose, hémochromatose).
- L'IC avec fraction d'éjection préservée est plus fréquente que la dysfonction systolique chez les femmes et les personnes âgées.
- Une IC avec fraction d'éjection préservée doit être suspectée lorsque le principal symptôme est une dyspnée à l'effort et que
- le patient est âgé (> 75 ans) ou a une cardiopathie ischémique ou de l'hypertension
- l'ECG montre des signes d'HVG
- les signes d'insuffisance deviennent évidents en cas de rythme rapide (effort, épisode de fibrillation auriculaire)
- la radiographie pulmonaire montre que la taille de cœur est normale ou proche de la normale.
Traitement
- Cibler la maladie sous-jacente.
- Il existe peu de preuves scientifiques concernant l'efficacité du traitement médicamenteux et ses effets sur le pronostic.
- Les principes du traitement médicamenteux ne diffèrent pas beaucoup de ceux de l'IC systolique, sauf en ce qui concerne l'utilisation des diurétiques.
- Un diurétique est un médicament de première intention en cas de rétention d'eau.
- Il convient d'évaluer l'effet diurétique de manière active et d'éviter l'apparition d'une hypovolémie (les symptômes peuvent inclure des vertiges, une confusion, une tachycardie).
- Les inhibiteurs du SGLT2 ont montré qu'ils réduisaient les hospitalisations pour insuffisance cardiaque également dans l'IC diastolique (essai EMPEROR-Preserved). Des résultats bénéfiques ont été obtenus chez les patients avec ou sans diabète.
- Les études en cours sur l'utilisation des inhibiteurs du SGLT2 chez les patients ayant une IC diastolique permettront de clarifier davantage le rôle de ce groupe de médicaments dans le traitement de l'IC diastolique.
- La fréquence cardiaque doit être rapidement ralentie à l'aide d'un bêta-bloquant.
- Il convient de tenter de maintenir le rythme sinusal de manière active.
- En cas de FA, la fréquence ventriculaire doit être contrôlée à l'aide d'un bêta-bloquant et un anticoagulant doit être instauré dans les groupes à risque.
- D'après les observations, le candesartan (ARAII) et le perindopril (IEC) réduisent les symptômes, mais n'ont pas d'effet sur la mortalité.
Choix et utilisation des médicaments dans l'IC
- Dans la thérapie médicamenteuse de l'IC systolique, l'objectif doit être une thérapie médicamenteuse maximale améliorant le pronostic, pour autant que des contre-indications absolues à un groupe de médicaments spécifique n'aient pas été identifiées.
- Des preuves d'un effet d'amélioration du pronostic sont disponibles pour une thérapie combinée comprenant
- un IEC/ARAII ou une combinaison de sacubitril et de valsartan (ARNI)
- un bêta-bloquant
- un antagoniste des récepteurs minéralocorticoïdes (le plus souvent la spironolactone) et
- un inhibiteur du SGLT2.
Inhibiteurs de l'ECA (IEC) et ARAII
- Niveau de preuves
- Les IEC inhibent la formation de l'angiotensine II, tandis que les ARAII bloquent la liaison de l'angiotensine II à son récepteur cible (récepteur AT1).
- Indépendamment de la gravité de l'IC, ces agents améliorent le pronostic et réduisent les hospitalisations.
- Ils doivent être utilisés chez tous les patients ayant une IC, quelle que soit la gravité de la maladie, y compris chez les patients asymptomatiques chez qui un dysfonctionnement du ventricule gauche a été diagnostiqué.
- Le traitement commence par un IEC, mais s'il n'est pas toléré en raison d'effets indésirables (généralement une toux gênante), un ARAII peut être utilisé.
- La dose initiale ne doit pas être utilisée comme dose d'entretien. La dose cible doit être conforme aux résultats des dernières études, sauf si elle n'est pas tolérée en raison de l'apparition d'effets indésirables. Dosages des médicaments : voir tableau 6.
- Les contre-indications au traitement sont les suivantes : antécédents d'angioœdème causé par un IEC ou un ARAII, sténose bilatérale de l'artère rénale, grossesse et allaitement.
- Ne pas débuter le traitement si le taux de créatinine de base dans le sang est > 220 µmol/l et si le taux de potassium est > 5,5 mmol/l.
- Dès que le taux de créatinine dépasse 160 µmol/l, il convient d'être particulièrement prudent lors de l'instauration du traitement et d'envisager au cas par cas de commencer le traitement dans une clinique ou un hôpital spécialisé(e) dans le traitement de l'insuffisance cardiaque.
- Le taux de potassium doit rester inférieur à 5,5 mmol/l pendant le traitement et le taux de créatinine inférieur à 220 à 250 µmol/l.
- Si le patient a des symptômes malgré un traitement par IEC, l'effet de la thérapie médicamenteuse peut être renforcé par une combinaison de sacubitril et de valsartan (ARNI). L'IEC doit être arrêté 36 heures avant le début de l'association sacubitril/valsartan, la pression artérielle du patient doit être stable et le DFG ≥ 30 ml/min/1,73 m2. Comme l'ARNI peut augmenter la diurèse, une réduction de la dose de médicament diurétique peut être nécessaire.
Tableau 6. Posologie des IEC, des ARAII et de l'association ARAII et inhibiteur de la néprilysine (ARNI) (mg/jour)
| Médicaments | Dose de départ | Dose d'entretien/cible |
|---|---|---|
| IEC | ||
| Captopril | 6,25 mg trois fois par jour | 50 mg trois fois par jour |
| Énalapril | 2,5 mg deux fois par jour | 20 mg deux fois par jour |
| Lisinopril | 2,5 à 5 mg une fois par jour | 20 mg une fois par jour |
| Ramipril | 2,5 mg une fois par jour | 5 mg deux fois par jour |
| Périndopril | 2 mg une fois par jour | 4 mg une fois par jour |
| ARAII | ||
| Candésartan | 4 à 8 mg une fois par jour | 32 mg une fois par jour |
| Valsartan | 40 mg deux fois par jour | 160 mg deux fois par jour |
| Losartan | 50 mg une fois par jour | 150 mg une fois par jour |
| Telmisartan | 40 mg une fois par jour | 80 mg une fois par jour |
| ARAII et inhibiteur de la néprilysine en combinaison | ||
| Sacubitril + valsartan | 49/51 mg deux fois par jour | 97/103 mg deux fois par jour |
- La pression artérielle systolique tombe souvent à environ 90 à 100 mmHg, ce qui n'empêche pas la poursuite du traitement, à moins que le patient ne présente des symptômes induits par l'hypotension, tels que des vertiges ou une diminution de la fonction rénale.
- La surveillance de la réponse au traitement doit inclure des évaluations de la clairance de la créatinine (DFG), en particulier chez les femmes âgées de petite taille (calculateur pge00006).
- Les diurétiques sensibilisent le patient aux effets hypotenseurs des IEC (et des ARAII). Afin d'éviter une hypotension au début du traitement, il convient d'envisager une réduction de la dose de diurétique, voire l'omission de quelques doses.
- Des doses plus élevées sont généralement tolérées dans le cadre d'un traitement d'entretien, pour autant que l'augmentation soit progressive. Dans la plupart des cas, une augmentation des doses toutes les 2 à 4 semaines ne pose aucun problème. Dans les situations sous supervision (dans le cadre des soins hospitaliers), des augmentations de dose peuvent être introduites plus rapidement.
- Même lorsque les effets indésirables (généralement l'hypotension) empêchent le patient de tolérer des doses élevées, des doses plus faibles se sont quand même révélées bénéfiques.
- Les taux de créatinine et de potassium doivent être fréquemment contrôlés au début du traitement ; en cas d'IC sévère, un premier contrôle est indiqué 4 à 7 jours après le début du traitement.
- une augmentation de la concentration de créatinine inférieure à 20-30 % est fréquente et ne justifie pas l'arrêt du traitement
- si le taux de créatinine augmente de plus de 50 % par rapport au niveau de base, ou s'il dépasse 260 µmol/l (la limite doit être abaissée pour les patients âgés et les femmes de petite taille, à savoir < 160 à 200 µmol/l), il convient de réduire de moitié la dose de l'IEC (ou de l'ARAII).
- si le taux de créatinine continue d'augmenter malgré la réduction de la dose, il convient d'interrompre temporairement la prise du médicament et de rechercher d'autres causes possibles de la détérioration de la fonction rénale.
- une augmentation marquée du taux de créatinine peut, dans certains cas, indiquer une sténose de l'artère rénale.
- les néphropathies et les diurétiques d'épargne potassique, en particulier la spironolactone, augmentent le risque d'hyperkaliémie.
- Les indications spéciales pour les IEC comprennent l'insuffisance valvulaire et l'hypertension.
- une sténose valvulaire sévère est traditionnellement considérée comme une contre-indication.
- cependant, la plupart des patients ayant un rétrécissement aortique peuvent tolérer un IEC si celui-ci est commencé à faible dose et si le patient fait l'objet d'une surveillance pour des symptômes orthostatiques.
- il convient toutefois d'envisager dans un premier temps la possibilité d'une intervention corrective sur la valve aortique (chirurgicale ou percutanée) en cas de rétrécissement aortique.
- Les effets indésirables les plus importants des IEC sont la toux (10 à 20 %), l'hypotension, l'hyperkaliémie et l'angioœdème, qui peuvent survenir même après plusieurs mois d'utilisation.
- Des ARAII peuvent être prescrits à la place des IEC, lorsque la toux empêche l'utilisation de ces derniers. Des études cliniques ont montré que l'efficacité des ARAIIcandesartan et valsartan est identique à celle des IEC pour le traitement de la dysfonction systolique.
- L'utilisation combinée d'IEC, d'ARAII et d'antagonistes des récepteurs minéralocorticoïdes (spironolactone, éplérénone) n'est pas recommandée en raison du risque d'altération de la fonction rénale et de l'apparition possible d'une hyperkaliémie.
Combinaison d'un ARAII et d'un inhibiteur de la néprilysine (ARNI)
- La combinaison d'un ARAII et d'un inhibiteur de la néprilysine (ARNI) inhibe les effets de l'angiotensine en bloquant le récepteur AT1 et la dégradation des peptides natriurétiques endogènes médiée par la néprilysine.
- Comme la néprilysine dégrade également la bradykinine, l'inhibition de la néprilysine entraîne également une augmentation des taux de bradykinine. Cela peut augmenter les effets indésirables liés à la bradykinine (toux, angioœdème). Dans les essais cliniques (PARADIGM-HF), ces effets se sont avérés mineurs et ont rarement justifié l'arrêt du traitement.
Bêta-bloquants
- Niveau de preuves
- Les bêta-bloquants sont instaurés pour tous les patients ayant une insuffisance cardiaque systolique légère, modérée ou sévère (NYHA II à IV), quelle qu'en soit l'étiologie.
- Un dysfonctionnement ventriculaire gauche asymptomatique après un infarctus du myocarde est également une indication pour des bêta-bloquants.
- Un bêta-bloquant est commencé à petite dose lorsque le patient est cliniquement stable, en association avec un IEC (ou un ARAII) et un diurétique.
- Les contre-indications comprennent la bradycardie (fréquence cardiaque < 50 à 60/min), l'hypotension (< 90 mmHg), le bloc AV de deuxième ou troisième degré et, dans certains cas, l'asthme sévère.
- Les bêta-bloquants atténuent les symptômes et améliorent le pronostic à long terme. Ils réduisent l'incidence des événements cardiaques, en particulier ceux associés aux arythmies. Les patients qui ont une coronaropathie ou de l'hypertension sont ceux qui bénéficient le plus des bêta-bloquants.
- Posologie des bêta-bloquants : voir tableau 7. La dose de bêta-bloquant doit être augmentée toutes les quelques semaines tout en surveillant activement l'état clinique du patient.
Tableau 7. Dosage des bêta-bloquants (mg/jour)
| Bêta-bloquant | Dose test | Doses ultérieures | Cible | |
|---|---|---|---|---|
| Bisoprolol | 1,25 mg | 2,5 mg | 5 mg | 10 mg |
| Carvédilol | 3,125 mg | 6,25 mg | 12,5 mg | 50 mg |
| Succinate de métoprolol | 12,5 mg | 25 mg | 50 mg | 200 mg |
| Nébivolol | 1,25 mg | 2,5 mg | 5 mg | 10 mg |
- Les symptômes s'améliorent progressivement après 1 à 2 mois. Les symptômes de l'IC peuvent même s'aggraver au début du traitement, et il peut s'avérer nécessaire d'augmenter temporairement la dose de diurétiques. Si les symptômes de l'IC continuent de s'aggraver malgré l'augmentation de la dose de diurétique, une réduction de la dose de bêta-bloquant doit être envisagée (retour à la dernière dose de titration) et d'autres causes possibles de la détérioration de l'IC doivent être recherchées.
- Des preuves scientifiques concernant l'efficacité des bêta-bloquants dans l'IC existent pour le métoprolol, le bisoprolol, le carvédilol et le nébivolol.
- Les effets indésirables induits par les bêta-bloquants, tels que la bradycardie et le dysfonctionnement du nœud AV, sont plus fréquents chez les patients âgés (> 75 à 80 ans).
Inhibiteurs du SGLT2
- Chez les patients qui ont une IC systolique (NYHA II à IV), la dapagliflozine ou l'empagliflozine peut être instaurée en plus d'un autre médicament améliorant le pronostic (IEC/ARAII ou ARNI, bêta-bloquant, antagoniste des récepteurs minéralocorticoïdes), que le patient soit diabétique ou non.
- Les inhibiteurs du SGLT2 augmentent le taux de diurèse et de natriurèse, raison pour laquelle il peut être nécessaire de réduire les diurétiques du patient au début du traitement.
- Les contre-indications à l'instauration d'un traitement par inhibiteur du SGLT2 comprennent l'insuffisance rénale sévère (DFGe < 20 ml/min/1,73 m2, calculateur pge00006), l'hypotension symptomatique ou une pression artérielle systolique < 95 mmHg, ainsi que la grossesse.
- Chez les patients qui ont un diabète de type 1 et les patients sous insulinothérapie, les avantages et les inconvénients du traitement doivent être pesés avec soin, en tenant compte des risques d'hypoglycémie et d'acidocétose.
- Pour l'instant, il n'y a pas d'expérience approfondie des inhibiteurs du SGLT2 chez les patients très âgés ayant une IC.
- Le dosage initial et d'entretien de la dapagliflozine et de l'empagliflozine est de 10 mg/jour.
- Lors du suivi du traitement, il est nécessaire d'évaluer l'équilibre hydrique du patient d'un point de vue clinique, en surveillant l'évolution du poids et en déterminant la créatinine plasmatique et le DFGe (calculateur pge00006).
- Une surveillance active de la pression artérielle et de l'équilibre glycémique est nécessaire lors de la phase initiale du traitement.
- Dans les situations où, en raison d'une autre affection, le patient n'est pas en mesure de s'alimenter ou de s'hydrater, il est plus sûr d'interrompre le traitement par inhibiteur du SGLT2.
- Si le patient présente des symptômes peu clairs, tels que des nausées, des vomissements, un manque d'appétit, des douleurs abdominales, une confusion, une fatigue inhabituelle ou une somnolence, il convient de l'orienter pour des examens complémentaires afin d'identifier la cause de ces symptômes, compte tenu du risque d'acidocétose associé à l'utilisation des inhibiteurs du SGLT2.
- Le risque d'infections des voies urinaires et de la région génitale peut être légèrement accru pendant le traitement par inhibiteur du SGLT2, ce qui doit être pris en compte en cas de symptômes infectieux et signalé au patient dans le cadre de son éducation.
Ivabradine
- L'ivabradine ralentit le rythme sinusal en inhibant les canaux If du nœud sinusal.
- Le médicament ne ralentit pas la réponse ventriculaire dans la FA.
- L'ivabradine peut être envisagée pour les patients qui ont une IC systolique stable (NYHA II à IV), mais pour lesquels un bêta-bloquant n'est pas adapté ou qui ont une fréquence sinusale rapide en dépit d'un traitement par bêta-bloquant efficace.
- La dose initiale est de 5 mg × 2/jour (2,5 mg × 2 pour les plus de 75 ans).
- Le médicament ne convient pas aux patients chez qui une maladie du nœud sinusal ou un bloc du nœud AV est suspecté, ou qui ont une fréquence cardiaque au repos inférieure à 60/min (avant le début du traitement) ou une hypotension sévère de 90/50 mmHg.
- Parmi les effets indésirables de l'ivabradine, des sensations visuelles lumineuses anormales (phosphènes) ont été rapportées chez 14,5 % des patients. Il s'agit d'augmentations intensives et transitoires de la luminosité dans une zone limitée du champ visuel. Les phosphènes sont généralement légers ou modérés et disparaissent au cours du traitement.
Diurétiques et spironolactone
- Niveau de preuves
- AAldosterone receptor antagonists spironolactone and eplerenone for congestive heart failure
- Un diurétique doit être associé aux autres médicaments en cas de rétention d'eau.
- Les diurétiques thiazidiques et le furosémide inhibent la réabsorption du chlorure de sodium dans les reins et augmentent par conséquent l'excrétion de sodium et d'eau. Dans le même temps, ils augmentent l'excrétion de potassium et de magnésium et peuvent donc provoquer une hypokaliémie, une hypomagnésiémie et une alcalose hypochlorémique. Il convient dès lors de contrôler les électrolytes sanguins au début du traitement et après chaque changement de dose.
- Le traitement peut débuter avec un diurétique thiazidique si la rétention hydrique n'est pas excessive et que la fonction rénale est normale.
- Dosage des diurétiques : voir tableau 8
Tableau 8. Doses de départ et d'entretien des diurétiques (mg/jour)
| Diurétiques | Dose de départ | Dose d'entretien habituelle |
|---|---|---|
| Diurétique de l'anse | ||
| Furosémide | 20 à 40 mg | 40 à 250 mg |
| Thiazides | ||
| Hydrochlorothiazide | 25 mg | 50 mg |
| Indapamide | 2,5 mg | 2,5 à 5 mg |
| Métolazone | 1,25 mg | 2,5 mg |
| Diurétiques épargneurs de potassium* | ||
| Amiloride | 2,5 mg | 20 mg |
Triamtérène | 25 mg | 100 mg |
| Spironolactone | 12,5 mg (25 mg**) | 50 mg (100 mg**) |
| Éplérénone | 12,5 mg | 50 mg |
| * Dose en cas d'utilisation avec un IEC/ARAII (** dose en l'absence d'IEC/ARAII) | ||
- La dose maximale d'hydrochlorothiazide est de 50 mg et ne doit normalement pas être dépassée. Si une dose plus élevée est nécessaire, il convient de prescrire du furosémide, car il est plus efficace en cas d'insuffisance rénale (si la créatinine > 180 à 200 µmol/l ou si la clairance de la créatinine [DFG] < 30 ml/min).
- Un diurétique thiazidique et le furosémide peuvent être associés en cas de rétention d'eau sévère, si nécessaire.
- La spironolactone (ou l'éplérénone) peut également être ajoutée au traitement si le patient a des symptômes sévères (NYHA III à IV) malgré un traitement maximal avec un IEC et un bêta-bloquant.
- la spironolactone est également un bon choix dans le cas d'une IC légère (symptômes NYHA II) si le patient est sujet à l'hypokaliémie et a besoin d'une supplémentation en potassium.
- le risque d'hyperkaliémie est généralement faible si la dose de spironolactone ne dépasse pas 25 mg/jour.
- la prudence est de rigueur si la spironolactone doit être utilisée chez des patients âgés ou en cas d'insuffisance rénale. Une dose quotidienne de 12,5 à 25 mg est souvent suffisante. Le potassium et la créatinine doivent être contrôlés 1 à 2 semaines après un changement de dose et régulièrement tous les 2 à 3 mois.
- le rôle de la spironolactone en cas d'IC légère n'est pas encore totalement connu.
- Tous les diurétiques augmentent légèrement les taux de créatinine et d'acide urique dans le sang.
- Une hausse marquée du taux de créatinine peut indiquer une dose trop élevée de diurétique et une déshydratation.
- les signes d'hypovolémie comprennent une chute de la pression artérielle, une accélération du rythme cardiaque, des veines cervicales collabées et, généralement, une augmentation du taux d'hématocrite et de créatinine.
- le patient peut se plaindre d'une fatigue inhabituelle et d'une tendance accrue à avoir des vertiges (orthostatique).
- Lors de l'instauration d'un traitement diurétique, le patient doit être informé de la possibilité d'une hyperuricémie et d'une goutte induites par les diurétiques, ainsi que du régime alimentaire préventif à suivre.
- dans le cadre du traitement d'une crise de goutte aiguë, les médicaments anti-inflammatoires ne sont indiqués que pour soulager les symptômes sévères.
- si plusieurs crises de goutte surviennent au cours d'une même année et que le taux d'acide urique est nettement augmenté, il convient d'instaurer un traitement par allopurinol à une posologie adaptée à la fonction rénale du patient.
- En cas d'IC sévère, le taux de sodium peut être de l'ordre de 130 à 135 mmol/l. L'hyponatrémie est due à une rétention d'eau et non à un manque de sel. L'hyponatrémie peut généralement être corrigée par une restriction hydrique. D'autre part, l'ajout de sel au régime alimentaire augmente généralement la rétention d'eau.
- Lorsque l'IC est en phase stable, la plus petite dose de diurétique nécessaire pour prévenir l'apparition d'une rétention hydrique doit être utilisée. Cependant, la nécessité d'un diurétique varie considérablement en fonction de la gravité de l'insuffisance. La dose de diurétique nécessaire dépend de l'apport en liquide et de la quantité de liquide perdue par l'organisme, par exemple en cas de transpiration excessive, de vomissements ou de diarrhée.
- la surveillance régulière du poids ainsi que l'évaluation clinique du degré d'œdème et de dyspnée permettent de déterminer la dose de diurétique nécessaire.
- le patient peut être invité à surveiller régulièrement son poids, à être attentif à l'apparition d'œdèmes et à ajuster la dose de diurétique dans des limites prédéfinies.
- La coopération avec un(e) infirmier(e) spécialisé(e) dans l'hypertension améliore les résultats.
- Si le poids du patient continue d'augmenter, si les œdèmes s'aggravent et si la dyspnée persiste malgré le traitement diurétique, il convient de procéder à une évaluation clinique au cabinet et, si nécessaire, à des investigations et à un traitement hospitaliers (voir Insuffisance cardiaque aiguë ebm00089).
Digoxine
- La digoxine est utilisée chez les patients ayant une FA afin de ralentir une réponse ventriculaire rapide si un bêta-bloquant n'a pas permis de contrôler suffisamment la fréquence.
- La digoxine peut être utilisée en rythme sinusal si des symptômes sévères (NYHA III à IV) persistent et si d'autres médicaments efficaces sont déjà utilisés.
- La digoxine n'a pas d'effet sur la survie, mais réduit le nombre d'hospitalisations.
- Les doses de traitement doivent rester faibles. Une dose quotidienne de 0,125 mg est généralement suffisante. Chez les personnes âgées, les patients de petite taille et les personnes ayant une insuffisance rénale, la dose peut même être encore plus faible, à savoir 0,0625 mg/jour.
- Le taux de digoxine dans le sang doit être vérifié de manière précoce lors du traitement, chaque fois que les doses de médicament changent et si une insuffisance rénale se développe. Le taux sanguin cible est de 0,5 à 0,9 ng/ml, ce qui correspond à une concentration molaire d'environ 0,6 à 1,1 nmol/l.
- La digoxine ne doit pas être commencée si le patient a un bloc AV de deuxième ou troisième degré, une cardiomyopathie hypertrophique obstructive ou un syndrome de Wolff-Parkinson-White (WPW).
- Le taux et/ou l'efficacité de la digoxine peuvent être potentialisés en cas d'insuffisance rénale ou d'hypokaliémie, ainsi que par l'effet de divers médicaments (par exemple, amiodarone, quinidine, propafénone, inhibiteurs des canaux calciques, spironolactone, érythromycine, oméprazole, tétracylines, itraconazole).
- Les signes de toxicité comprennent : anorexie et nausées, confusion, maux de tête et bradyarythmie. En cas de suspicion de toxicité, le taux de créatinine doit être vérifié ainsi que le DFG et le taux de digoxine. Le risque d'effets indésirables augmente en cas de taux > 0,9 ng/ml.
Anticoagulants et aspirine
- L'anticoagulation avec un inhibiteur direct de la thrombine, un inhibiteur de la FXa ou la warfarine est indiquée chez les patients ayant une FA permanente ou paroxystique.
- Un thrombus intracardiaque ou des antécédents d'embolie artérielle peuvent également constituer des indications pour un traitement anticoagulant.
- La cardiomégalie et une faible FE (< 30 à 35 %) sont associées à un risque de thromboembolie, mais il n'existe pas encore d'études complètes sur les avantages de l'anticoagulation chez ce groupe de patients. Lorsqu'une anticoagulation est envisagée, il convient de toujours évaluer le risque global pour le patient en termes de complications thromboemboliques et hémorragiques.
- L'utilisation des scores CHA2DS2-VASc et HAS-BLED est recommandée pour l'évaluation des risques thromboemboliques et hémorragiques ebm00983.
- L'aspirine n'est pas aussi efficace que la warfarine. Elle peut réduire les effets bénéfiques des IEC, et son utilisation systématique dans l'IC n'est pas justifiée. Toutefois, si le patient a une coronaropathie ou d'autres manifestations d'athérosclérose, l'aspirine doit être prescrite à la dose de 75 à 100 mg/jour.
Médicaments à éviter en cas d'IC
- Utilisation continue d'AINS
- en cas de néphropathie, l'utilisation d'AINS doit être totalement abandonnée (ils altèrent l'effet des IEC et des ARAII ainsi que des diurétiques).
- coxibs : les effets nocifs sont les mêmes que pour les autres anti-inflammatoires.
- Glucocorticoïdes systémiques (rétention d'eau)
- Inhibiteurs calciques vérapamil et diltiazem
- Médicaments antiarythmiques (risque de pro-arythmie, effet inotrope négatif)
- Antidiabétiques du groupe des glitazones (rétention d'eau)
- Antidépresseurs tricycliques (risque de pro-arythmie)
- Médicaments cytotoxiques ayant des effets cardiotoxiques (tels que les anthracyclines et le trastuzumab)
Traitement de la FA en cas d'IC
- La cardioversion électrique ebm00990 est presque toujours recommandée pour les patients ayant une FA d'apparition récente, en particulier si elle est associée à une réponse ventriculaire rapide non contrôlée par des mesures médicamenteuses.
- Si la FA dure depuis plus de 48 heures ou si son étiologie est inconnue, le patient doit d'abord recevoir un anticoagulant et la cardioversion ne doit être effectuée que lorsque l'anticoagulation est restée dans les limites thérapeutiques cibles (en cas d'utilisation de warfarine INR 2,0 à 3,0) pendant au moins 3 semaines.
- dans les cas urgents, une cardioversion peut être effectuée plus tôt sous couverture par de l'HBPM, à moins que la formation d'un thrombus ne soit détectée dans l'appendice auriculaire ou le ventricule gauche (nécessite une échocardiographie transœsophagienne).
- Aucune étude comparative n'est disponible sur le rétablissement et le maintien du rythme sinusal par rapport au contrôle de la fréquence dans la FA chez les patients ayant une IC.
- les symptômes ressentis par le patient pendant la FA peuvent guider les décisions concernant le traitement.
- certains patients ne remarquent aucune différence au niveau de leurs symptômes, qu'ils soient en rythme sinusal ou en FA.
- chez certains patients, les épisodes de FA peuvent rapidement entraîner une aggravation de l'IC, voire un œdème pulmonaire. C'est plus particulièrement le cas dans l'IC diastolique, le remplissage ventriculaire étant altéré en raison de la rigidification des parois cardiaques.
- Dans l'IC systolique, le seul médicament adapté pour le maintien du rythme sinusal est l'amiodarone, car les autres agents antiarythmiques (par exemple, quinidine, disopyramide, flécaïnide, propafénone) peuvent réduire la contractilité du ventricule gauche et augmenter la mortalité.
- Le traitement à l'amiodarone nécessite une surveillance régulière du patient afin de détecter l'apparition d'effets indésirables (dysfonctionnement thyroïdien, pulmonaire, hépatique et du système nerveux), et les doses quotidiennes doivent être maintenues le plus bas possible, généralement 100 à 200 mg/jour.
- Dans certains cas, une ablation par cathéter peut être envisagée pour maintenir le rythme sinusal.
- Si la FA reste le rythme permanent, il convient généralement de ralentir la fréquence cardiaque à l'aide d'un bêta-bloquant et, si nécessaire, de digoxine. L'objectif est d'avoir une fréquence cardiaque comprise entre 60 et 100/min au repos.
Traitement par stimulateur cardiaque
- Voir ebm01016 ebm00096
- L'aggravation de l'IC peut, dans certains cas, être due à une bradyarythmie, telle qu'une FA lente ou un bloc AV. Les indications traditionnelles pour le traitement de la bradyarythmie s'appliquent également aux patients ayant une IC.
- D'après les estimations, un patient ayant une IC sur trois a des défauts de conduction intraventriculaire et une contraction myocardique dysynchrone du ventricule gauche.
- la contraction dysynchrone peut être corrigée chez certains patients par un traitement par stimulateur cardiaque, dans le cadre duquel les ventricules gauche et droit sont stimulés par des sondes séparées placées in situ via le ventricule droit et le sinus coronaire (stimulation biventriculaire, stimulateur cardiaque pour l'insuffisance cardiaque).
- un stimulateur cardiaque pour l'insuffisance cardiaque (également appelé thérapie de resynchronisation cardiaque, CRT) peut améliorer le pronostic et atténuer les symptômes chez les patients choisis avec soin.
- Les patients de la classe NYHA II à IV qui sont symptomatiques malgré un traitement médical optimal et dont l'ECG montre un BBG et un allongement du QRS ≥ 130 ms doivent être adressés à un cardiologue afin qu'il évalue la possibilité d'un traitement par stimulateur cardiaque. Un stimulateur cardiaque peut également être envisagé dans d'autres types de troubles de la conduction intraventriculaire si le complexe QRS est anormalement large, c'est-à-dire ≥ 150 ms. L'échocardiographie permet d'évaluer si le patient est apte à recevoir un stimulateur cardiaque.
- Un patient qui a été réanimé à la suite d'une FV ou qui présente des arythmies potentiellement mortelles lors d'une surveillance du rythme (enregistrement Holter en ambulatoire ou télémétrie dans un service hospitalier) doit être adressé à un cardiologue afin que celui-ci évalue la nécessité d'un défibrillateur automatique implantable (DAI) .
- des appareils qui assurent à la fois la stimulation biventriculaire et la fonction de défibrillateur (CRT-D = thérapie de resynchronisation cardiaque-défibrillateur) sont désormais disponibles pour les patients ayant une IC.
Traitement de l'IC chez les personnes âgées
- Outre les maladies cardiaques et l'IC, les patients âgés ont souvent plusieurs comorbidités et traitements médicamenteux qui entravent le traitement de l'IC et provoquent des interactions.
- les plus courantes sont l'insuffisance rénale, la BPCO, le diabète de type 2, l'anémie et les affections articulaires nécessitant la prise d'AINS.
- Il n'est pas toujours possible de prescrire tous les médicaments connus pour améliorer le pronostic aux doses recommandées dans les guides de pratique clinique. Souvent, le traitement est essentiellement symptomatique.
- Même une légère augmentation du taux de créatinine chez un patient âgé de petite taille peut correspondre à une altération marquée de la fonction rénale. Par exemple, un taux de créatinine de 120 à 130 µmol/l peut refléter une valeur de DFG < 30 ml/min (calculateur pge00006).
- Les IEC (ou ARAII) sont davantage susceptibles de provoquer une hyperkaliémie et une altération de la fonction rénale chez les personnes âgées.
- Il est plus probable que les taux de digoxine dépassent la fourchette thérapeutique et que le risque d'arythmies et de défauts de conduction augmente.
- Les bêta-bloquants peuvent induire des défauts de conduction.
- Les dérivés nitrés et autres médicaments vasodilatateurs augmentent le risque de chutes chez les patients âgés qui prennent plusieurs médicaments.
- Un patient âgé a souvent besoin que la douleur soit soulagée. L'autogestion à base d'anti-inflammatoires peut altérer davantage la fonction rénale et provoquer une rétention d'eau, de même qu'accroître le nombre de complications cardiovasculaires.
- Voir également la section Facteurs précipitant et exacerbant l'IC.
Prise en charge de l'aggravation de l'IC ou de l'IC résistante au traitement
- Plusieurs facteurs peuvent être à l'origine d'une mauvaise réponse au traitement de l'IC.
- le traitement médicamenteux n'a pas été mis en œuvre de manière optimale.
- la thérapie médicamenteuse n'a pas été augmentée jusqu'à des doses dont l'efficacité a été prouvée dans les études.
- les instructions concernant la thérapie médicamenteuse n'ont pas été suivies (voir également la section Facteurs précipitant et exacerbant l'IC ).
- le patient peut avoir développé d'autres maladies ou de nouveaux traitements peuvent affaiblir l'efficacité du traitement de l'IC.
- un diagnostic exclusivement clinique peut être erroné, ou le mécanisme de l'IC peut avoir changé ou ne pas avoir été entièrement compris.
- le traitement médicamenteux n'a pas été mis en œuvre de manière optimale.
- Si aucune cause claire et facilement traitable expliquant l'aggravation de l'IC ne peut être identifiée, il convient d'orienter le patient vers des soins spécialisés en vue d'une consultation (voir également Insuffisance cardiaque aiguë ebm00089).
Éducation du patient et autogestion
- L'implication du patient dans le traitement et les mesures d'autogestion peut aider à garder la maladie sous contrôle et à détecter les symptômes d'une détérioration. Une autogestion adéquate peut réduire la nécessité d'une hospitalisation et améliorer le pronostic.
- Le patient peut être invité à surveiller les symptômes suivants de la maladie :
- apparition d'une dyspnée d'effort (quel type d'activité physique la provoque ?)
- dyspnée en position couchée ou pendant la nuit, toux nocturne
- pesée le matin avant le petit déjeuner
- douleurs abdominales, ballonnements abdominaux, appétit.
- Le patient doit recevoir des informations de base écrites sur toutes ses maladies et les traitements médicamenteux mis en place pour les traiter, ainsi que des informations sur les facteurs aggravants et les hospitalisations.
- Un plan d'action doit être élaboré pour lui indiquer les mesures à prendre si la maladie s'aggrave ou si des signes de déshydratation apparaissent.
- Des conseils peuvent être donnés au patient sur la manière d'ajuster la dose d'un diurétique (furosémide) dans des limites prédéfinies, par exemple : une prise de poids de 1 à 2 kg en quelques jours peut nécessiter une dose supplémentaire de 20 mg de furosémide. Toutefois, si la prise de poids se poursuit, le traitement doit généralement être réévalué en urgence.
- en cas d'insuffisance cardiaque grave, une restriction hydrique est nécessaire en plus du traitement diurétique. Cela peut toutefois être difficile à gérer à domicile, et il est rarement possible pour le patient de limiter sa consommation de liquide à 1,5 à 2,0 l/jour.
- Différents piluliers et organiseurs sont disponibles et peuvent être utilisés pour faciliter la mise en place d'un traitement composé de plusieurs médicaments différents.
Suivi
- Niveau de preuves
- Des consultations de suivi fréquentes, toutes les 2 à 4 semaines, sont indiquées au début, lorsque le diagnostic est nouveau, ainsi qu'en cas d'IC sévère ou instable. La gravité de l'IC et les symptômes du patient déterminent la fréquence des consultations ultérieures. Certaines consultations de suivi peuvent être effectuées par un(e) infirmier(e) spécialement formé(e) ou par téléphone.
- Lors des consultations de suivi, il convient d'interroger le patient sur ses symptômes, sa capacité d'activité physique et l'évolution de son poids. En cas de discordances entre les symptômes décrits par le patient et les résultats cliniques, il peut être indiqué de doser le proBNP ou le BNP.
- Il est conseillé d'effectuer au moins les contrôles suivants lors d'une consultation de suivi de routine : numération formule sanguine de base avec numération des plaquettes, potassium, sodium, créatinine et glucose plasmatiques, et ECG. L'INR doit être vérifié chez les patients prenant de la warfarine. Toute carence en fer doit être détectée et l'efficacité de la thérapie ferrique doit être contrôlée en déterminant les taux de ferritine et de récepteur de la transferritine (TfR). Le taux de digoxine dans le sang doit être vérifié si la dose a été modifiée, si la fonction rénale s'est détériorée ou si de nouveaux médicaments affectant les taux de digoxine ont été mis en place (voir Digoxine ).
- La consultation d'un cardiologue et une échocardiographie sont indiquées si l'étiologie de l'IC n'est pas claire ou si la réponse au traitement est plus mauvaise que prévu.
- Lorsqu'un traitement médicamenteux est instauré, les doses sont généralement faibles et doivent être régulièrement contrôlées et ajustées en fonction de l'état du patient. Dans la plupart des cas, il est possible d'augmenter progressivement la dose d'un IEC (ARAII) et d'un bêta-bloquant quelques semaines (un mois) après la sortie de l'hôpital. Si le traitement se déroule bien, la dose de diurétique peut généralement être réduite.
- La coopération entre les services de soins spécialisés et de soins primaires est importante, en particulier pour les patients ayant une IC sévère. Il convient de garantir une transmission rapide des informations concernant les médicaments et les mesures de traitement pour tous les professionnels de santés concernés et le patient.
Traitement en fin de vie
- Si les symptômes causés par l'IC restent graves malgré le traitement le plus efficace possible, et qu'il est impossible de mettre en place des procédures curatives ou de soulagement des symptômes, le traitement doit être axé sur la mise en place du meilleur traitement palliatif possible.
- les principes décrits dans l'article Traitement palliatif du cancer ebm00339 peuvent être appliqués.
- Le traitement médicamenteux de base de l'IC (diurétiques, médicaments contrôlant la fréquence cardiaque) ne doit pas être interrompu, car il permet généralement de soulager efficacement les symptômes.
- Satisfaction des besoins de base, atténuation de la soif
- Médicaments contre l'anxiété et la douleur
- Si le patient est porteur d'un défibrillateur cardiaque implantable, il convient de discuter avec le patient de la possibilité de désactiver les thérapies de choc. Dans ce contexte, il convient d'expliquer au patient que cette désactivation n'influencera pas le fonctionnement normal du dispositif.
Références
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Auteurs Duodecim
09/08/2022
Contextualisation ebmfrance
09/06/2026
Auteurs ebmfrance
Références de contextualisation
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- CMG 2022: Collège de médecine générale, Collège national professionnel cardiovasculaire. Faciliter l’adressage des patients en ambulatoire. Mars 2022. Voir la référence
- CNAM 2021: Assurance Maladie, Collège de la Médecine Générale, Collège National Professionnel Cardio vasculaire. Parcours de soins : insuffisance cardiaque chronique. Juin 2021. Voir la référence
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- HAS 2022. Haute Autorité de Santé. Insuffisance cardiaque chronique. Prescription d’activité physique. 2022. Voir la référence
- SFC 2024: société française de cardiologie. Chapitre 13, Item 232: Fibrillation atriale. Novembre 2024. Voir la référence
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