Bronchopneumopathie chronique obstructive (BPCO) : exacerbation aiguë
Mise à jour par la HAS
01/12/2024
Synthèse par ebmfrance
04/06/2025
Thématiques
À retenir
- Le diagnostic d’exacerbation aiguë de bronchopneumopathie chronique obstructive (BPCO) repose sur :
- une augmentation de la dyspnée et/ou de la toux et des expectorations
- persistant au-delà de 24 heures
- qui peuvent s’accompagner d’une tachypnée et/ou d’une tachycardie
- Le traitement repose sur les bronchodilatateurs.
- Ne pas prescrire systématiquement un antibiotique pour une exacerbation aiguë de BPCO.
- Une exacerbation sévère avec insuffisance respiratoire aigüe est une urgence vitale.
Voir aussi les guides ebmfrance-HAS :
Diagnostic : clinique
- Chez un patient atteint de BPCO, une exacerbation aiguë est un évènement caractérisé par :
- une augmentation de la dyspnée et/ou de la toux et des expectorations
- persistant au-delà de 24 heures
- qui peuvent s’accompagner d’une tachypnée et/ou d’une tachycardie
- L’exacerbation s’associe souvent à une augmentation de l’inflammation locale ou systémique.
- L’évolution naturelle de la BPCO comporte des épisodes répétés d’exacerbations aiguës de fréquence variable.
- L’exacerbation est souvent révélatrice de la BPCO :
- chez un patient sans BPCO diagnostiquée, il faut suspecter une exacerbation aiguë de BPCO s’il a plus de 40 ans, présente un tableau d’infection respiratoire basse et :
- au moins un facteur de risque (tabac…)
- et/ou des symptômes chroniques antérieurs à l’épisode (toux et/ou expectoration et/ou dyspnée)
- et/ou des épisodes d’infection respiratoire basse répétés antérieurs
- et/ou des comorbidités connues comme fréquemment associées à la BPCO
- chez un patient sans BPCO diagnostiquée, il faut suspecter une exacerbation aiguë de BPCO s’il a plus de 40 ans, présente un tableau d’infection respiratoire basse et :
Étiologies
- Infection virale dans la majorité des cas
- Infection bactérienne notamment lorsque l’obstruction bronchique présente un degré de sévérité :
- Haemophilus influenzae, Streptococcus pneumoniae, Moraxella catarrhalis
- si forme très sévère : Pseudomonas aeruginosa
- Infections mixtes (co-infections ou sur-infections)
- Cause environnementale (pic de pollution)
- Autres causes :
- problème d’observance
- technique de prise : voir des vidéos explicatives sur les thérapeutiques inhalées
Diagnostic différentiel
- Chez un patient atteint de BPCO, la majoration des symptômes respiratoires et notamment la dyspnée doit aussi faire évoquer :
- œdème pulmonaire cardiogénique
- embolie pulmonaire
- pneumonie communautaire
Impact, complications
- Les exacerbations aiguës de BPCO représentent la complication la plus fréquente :
- aggravant les symptômes
- accélérant le déclin des fonctions pulmonaires
- Les exacerbations aiguës de BPCO sont associées à un taux de mortalité significatif.
Critères d'hospitalisation
- Critères principaux (1 seul suffit) :
- âge > 85 ans
- dyspnée mMRC 4-5 à l’état basal
- respiration paradoxale ou muscles accessoires
- trouble de la conscience
- contexte particulier (comorbidité, situation sociale)
Autres critères (voir la liste détaillée) :
- exacerbation fréquente, à début rapide
- fréquence cardiaque > 110/min
- cyanose, OMI, douleur thoracique
- SpO2 < 90%
- signes d’hypercapnie
- encombrement bronchique important
- modification radiologique, anomalie aigüe à l’ECG
- sévérité de la BPCO, patient sous oxygénothérapie au domicile
Examens complémentaires en ville
- Systématiques :
- oxymétrie de pouls, gaz du sang si SpO2 < 90 % et chez les patients insuffisants respiratoires sous oxygène
- Non systématiques :
- Bilan biologique pour évaluer les comorbidités, rechercher des signes d’infections et éliminer les diagnostics différentiels (BNP, D-Dimères)
- Imagerie : radiographie thoracique, échographie cardiaque (diagnostic différentiel)
- Non recommandés :
- ECBC :
- les rares situations justifiant d’un ECBC nécessitent un avis spécialisé
- en cas de patient diagnostiqué BPCO colonisé à P. aeruginosa : un avis spécialisé est recommandé
- spirométrie en phase aigüe
- ECBC :
Stratégie thérapeutique
- Les objectifs du traitement des exacerbations aiguës de BPCO sont de :
- minimiser l'impact négatif d’une exacerbation
- prévenir les épisodes ultérieurs
- Bronchodilatateurs de courte durée d’action (BDCA) :
- majoration de la posologie (dose et/ou fréquence) jusqu’à amélioration des symptômes
- ß-2-agonistes de courte durée d’action (BACA) de préférence, avec ou sans anticholinergiques de courte durée d’action (AMCA)
- Adapter le mode d’administration : inhalateur, chambre d’inhalation, nébulisation
- Durée : jusqu’à l’amélioration des symptômes
- Antibiothérapie :
- l'antibiothérapie systématique n'est pas requise pour la majorité des exacerbations aiguës de BPCO, car il s’agit d’une pathologie inflammatoire des bronches dont l’origine n’est pas toujours bactérienne
- la seule présence d’une purulence des expectorations n’est pas un déterminant pour la prescription d’une antibiothérapie
- l’augmentation de volume et de la purulence des expectorations pendant au moins 48h permettent de poser l’indication d’une antibiothérapie ciblée
- en cas d’abstention initiale, une réévaluation médicale des symptômes dans les 48 à 72h est conseillée
- en cas de BPCO très sévère (VEMS < 30% de la norme), une antibiothérapie doit être proposée d’emblée en cas d’exacerbation aiguë de BPCO avec expectoration importante et purulente
- durée : 5 jours (sauf pristinamycine : 4 jours)
- le choix de la molécule est décrit dans la Figure 1
- il est recommandé de changer de classe d’antibiotique en cas de récidive précoce d’une exacerbation aiguë de BPCO présumée bactérienne
- Corticoïdes systémiques : il n’existe pas de consensus dans la littérature. La Société de Pneumologie de Langue Française préconise, en l’absence d’amélioration sous traitement optimal, 30-40mg de prednisolone pendant 5 jours AE.
- La kinésithérapie n’est justifiée qu’en cas d’encombrement.
- La théophylline et les mucomodificateurs ne sont pas recommandés.
Figure 1 : Stratégie antibiotique en ville en cas de suspicion d’exacerbation aiguë de BPCO
Image
Surveillance
- Une réévaluation médicale précoce entre 48 et 72 heures est préconisée.
- Si absence d’amélioration des symptômes : introduction ou changement de classe d’antibiotique de 1e intention.
- Si aggravation :
- envisager une antibiothérapie si non introduite initialement et/ou hospitalisation :
- selon l’état général : patient âgé, comorbidités, l’autonomie, l’aide disponible à domicile…
- selon la sévérité de la BPCO sous-jacente
- selon la gravité clinique
- rechercher un autre diagnostic :
- pneumonie
- insuffisance cardio-respiratoire
- sepsis…
- envisager une antibiothérapie si non introduite initialement et/ou hospitalisation :
- Les symptômes peuvent ne pas avoir totalement disparu à l’arrêt du traitement :
- leur persistance ne doit pas conduire de façon systématique à une nouvelle antibiothérapie
Au décours de l'épisode
- La prévention de nouveaux épisodes d’exacerbations aiguës est un objectif majeur de la prise en charge de la BPCO.
- Après une hospitalisation :
- prévoir une consultation chez le médecin généraliste dans la semaine
- proposer une réadaptation respiratoire dans les 90 jours après l’exacerbation (diminution démontrée de la mortalité et de la morbidité)
- Dans tous les cas, une consultation chez un pneumologue est recommandée au décours d’une exacerbations aiguë de BPCO.
- L’exacerbation aiguë doit amener à réévaluer la prise en charge de la BPCO :
- vaccination antipneumococcique, antigrippale, anti-Covid-19, anti-VRS selon le calendrier vaccinal
- sevrage tabagique
- activité physique
- bon état nutritionnel
- observance des traitements inhalés
- réévaluation des techniques de prise des traitements inhalés
- Revoir le traitement de fond avec au minimum un bronchodilatateur de longue durée d’action.
- Initier ou poursuivre l’éducation thérapeutique (ETP), revoir le plan d’action en cas d’exacerbation
Références
Auteurs de la synthèse
Nicolas de Chanaud , Thomas Higel , Claire Rambaud , Morgan Gendron et Laetitia Gimenez