Episode dépressif caractérisé à l'adolescence : prise en charge
Publication par la HAS
01/11/2014
Synthèse par ebmfrance
27/07/2023
À retenir
- En 1e intention, la prise en charge d'un épisode dépressif caractérisé repose sur la psychothérapie.
- En 2e intention, un médicament antidépresseur est possible, associé à une psychothérapie :
- la fluoxétine est le seul médicament antidépresseur recommandé en soins de premier recours chez les adolescents B
- Pour le diagnostic, repérage et orientation : voir has0056f.
Objectifs de soins AE
- La dépression de l'adolescent est souvent en rapport avec une perte de liens. Il est recommandé d'aider l'adolescent à :
- donner du sens à ses symptômes
- restaurer les liens avec ses proches et son environnement
- s'intégrer, si nécessaire, dans un parcours de soins avec plusieurs professionnels de santé
Suivi somatique et règles hygiéno-diététiques AE
- Réaliser un suivi somatique, initialement et tout au long du suivi, avec un examen clinique comprenant au moins :
- IMC
- pression artérielle
- Le suivi somatique vise à :
- éliminer un diagnostic différentiel organique
- éliminer une prise de toxique ou une automédication
- surveiller l'apparition d'une éventuelle comorbidité
- En cas de traitement psychotrope, surveiller l'apparition d'un syndrome métabolique ou d'un allongement du QT.
- Réaliser des examens complémentaires en fonction de la clinique, dont un bilan biologique (notamment glycémie à jeun et bilan lipidique).
- Prodiguer des conseils hygiéno-diététiques avec circonspection et après avoir établi une alliance thérapeutique.
Psychothérapie AE
- La stratégie de prise en charge d'un épisode dépressif caractérisé (EDC) est détaillée sur la Figure 1.
Figure 1. Stratégie de prise en charge thérapeutique des manifestations dépressives à l'adolescence

- Une psychothérapie est recommandée en première intention chez un adolescent ayant un épisode dépressif caractérisé.
- En cas d'épisode dépressif caractérisé d'intensité légère ou modérée :
- réaliser une thérapie de soutien> par un professionnel formé et habitué aux adolescents
- évaluer son efficacité après 4 à 8 semaines :
- en cas de résistance ou d'aggravation, mettre en place une psychothérapie spécifique
- choisir le type de psychothérapie spécifique le plus adapté à la situation avec un avis spécialisé
- En cas d'épisode dépressif caractérisé d'intensité sévère ou en cas de dépression complexe (dépression persistante, associée à des comorbidités ou des difficultés relationnelles et/ou familiales) :
- mettre en place une psychothérapie spécifique :
- choisir le type de psychothérapie spécifique le plus adapté à la situation avec un avis spécialisé
- les données actuelles ne permettent pas d'affirmer la supériorité d'un type de psychothérapie sur une autre
- il est possible d'associer un traitement antidépresseur :
- en cas de signe de gravité empêchant tout travail relationnel
- en cas de résistance ou d'aggravation des symptômes après 4 à 8 semaines
- mettre en place une psychothérapie spécifique :
- Des approches à médiation corporelle, imaginaire ou créatrice peuvent être proposées en association pour favoriser l'acceptation des soins psychothérapeutiques par l'adolescent et sa famille.
Traitement médicamenteux (associé à la psychothérapie)
Place des traitements psychotropes
- Le traitement médicamenteux :
- ne se substitue pas à la psychothérapie
- ne doit jamais être prescrit isolément
- est seulement indiqué dans un nombre réduit de cas
Antidépresseurs
- Il n'est pas recommandé de prescrire un traitement antidépresseur AE :
- pour traiter les épisodes dépressifs caractérisés d'intensité légère
- pour traiter les symptômes dépressifs subsyndromiques
- en 1e intention, même dans les épisodes dépressifs caractérisés d'intensité modérée à sévère, que l'antidépresseur soit prescrit seul ou associé à une thérapie relationnelle
- Le traitement antidépresseur est indiqué uniquement AE :
- en cas de résistance ou d'aggravation après 4 à 8 semaines de psychothérapie
- ou en cas de signe particulier de gravité empêchant tout travail relationnel, dans l'objectif d'obtenir une réduction symptomatique susceptible de permettre le travail psychothérapeutique et de réduire le risque de rechute/récidive
- Associer au traitement antidépresseur une psychothérapie adaptée AE.
- En cas de prescription d'un traitement antidépresseur, seule la fluoxétine est recommandée dans l'épisode dépressif caractérisé de l'adolescent dans le cadre des soins de premier recours B.
- surveiller étroitement le patient par des consultations régulières surtout dans les premières semaines suivant l'introduction du traitement C :
- rechercher un comportement suicidaire, une majoration de l'hostilité, une agitation ou un autre facteur majorant le risque suicidaire (conflit interpersonnel, alcool, etc.)
- informer le patient et son entourage sur ce risque pour qu'il puisse consulter rapidement en cas de modification de l'humeur
- accéder à la recommandation HAS sur le risque suicidaire chez les adolescentshas0057f
- suivre la croissance et la maturation sexuelle (courbe staturo-pondérale, IMC, stade de Tanner). Lors d'une prescription chez un adolescent prépubère, au-delà de 3 mois de traitement antidépresseur C :
- une surveillance du bilan endocrinien est recommandée
- une consultation avec un pédiatre doit être envisagée en cas de doute sur le déroulement de la croissance ou de la maturation sexuelle
- surveiller étroitement le patient par des consultations régulières surtout dans les premières semaines suivant l'introduction du traitement C :
- Durée du traitement antidépresseur :
- il est souhaitable que la durée totale du traitement antidépresseur se situe entre 6 mois et 1 an dans le but de prévenir les récidives
- l'arrêt du traitement ne doit pas se faire à l'initiative du patient ou de sa famille sans accompagnement médical
- l'arrêt doit être progressif sur plusieurs semaines voire mois
Anxiolytiques et hypnotiques AE
- Ne pas prescrire en première intention un traitement anxiolytique ou hypnotique, notamment pour traiter l'insomnie, l'anxiété ou une comorbidité anxieuse associée chez un adolescent présentant un épisode dépressif caractérisé.
- Si le traitement anxiolytique ou hypnotique est nécessaire, il doit être :
- de courte durée
- accompagné par des mesures hygiéno-diététiques et une psychothérapie
Prescription médicamenteuse en cas d'urgence
- Ne pas prescrire un antidépresseur dans une situation d'urgence qui nécessite une prise en charge immédiate, éventuellement en milieu hospitalier AE.
- D'autres psychotropes sont plus adaptés en situation d'urgence notamment en cas de :
- insomnie importante associée
- attaque de panique associée
- symptômes psychotiques sévères associés
- agitation anxieuse
Interventions sur l'environnement
- Mobiliser l'entourage familial, social et scolaire et ne pas limiter l'intervention à l'adolescent seul AE.
- Les interventions peuvent être centrées sur :
- la famille : guidance ou psychothérapie familiale, psychothérapie individuelle d'un membre de la famille...
- la scolarité : soutien scolaire, aménagement de la scolarité...
- le handicap psychique (enseignement spécialisé : IME, ITEP...)
- la protection, la contenance et/ou le changement contextuel : gestion d'un problème de harcèlement, protection d'un mineur en danger, aide éducative au domicile, changement de lieu de vie ou de scolarisation...
Références
Auteurs de la synthèse