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Episode dépressif caractérisé à l'adolescence : diagnostic et orientation

Publication par la HAS 12/11/2014
Synthèse par ebmfrance 27/07/2023

À retenir

  • L'adolescence est la classe d'âge qui a le moins recours aux soins lors de difficultés psychiques.
  • Identifier les facteurs de risque et rechercher les signes évocateurs de la dépression.
  • Le questionnaire ADRS (version clinicien, version patient) est un outil de repérage individuel de la dépression.
  • Rechercher les signes d'alerte suicidaire : voir has0057f
  • Le diagnostic d'un épisode dépressif caractérisé est clinique et repose sur l'association de :
    • symptômes d'une durée d'au moins 15 jours : notamment humeur dépressive ou perte d'intérêt
    • une souffrance cliniquement significative
    • un retentissement sur le fonctionnement
  • Selon la situation clinique, orienter vers un (pédo)psychiatre, voire vers une hospitalisation.

 

Définitions des manifestations dépressives

  • Épisode dépressif caractérisé ou épisode dépressif majeur : syndrome dépressif tel que défini dans les classifications internationales, voir Diagnostic .
  • Trouble dépressif unipolaire : survenue d'au moins un épisode dépressif caractérisé, en dehors du cadre d'un trouble du spectre schizophrénique ou d'un trouble bipolaire.
  • Dépressivité de l'adolescence : état normal et transitoire durant lequel l'adolescent présente une série de symptômes à tonalité dépressive (tristesse, morosité, désinvestissement, dévalorisation, ralentissement...), sans retentissement clinique ou fonctionnel significatif.
  • Humeur dépressive : symptôme qui correspond à une vision pessimiste du monde et de soi-même qui associe dévalorisation et abattement émotionnel.

Spécificités de prise en charge à l'adolescence

Caractéristiques psychologiques

  • L'adolescence est une période marquée par de multiples transformations.
  • Il s'agit de la classe d'âge qui a le moins recours aux soins lors de difficultés psychiques.
  • L'adolescent ne donne pas spontanément sa confiance. L'adulte peut être perçu comme intrusif ou menaçant son autonomie.
  • Lors de toute consultation d'un adolescent AE :
    • avoir une approche empathique et collaborative, centrée sur l'adolescent
    • l'impliquer autant que possible dans le processus de prise de décision
    • distinguer 4 phases de consultation, à adapter selon la situation :
      • adolescent en présence des parents
      • adolescent seul
      • examen somatique
      • restitution à l'adolescent et à sa famille

Contexte et entourage

  • L'évaluation des symptômes et le choix de la prise en charge doivent tenir compte :
    • du contexte familial, scolaire, culturel, social
    • des particularités développementales du patient et de son fonctionnement (cognitif, affectif, relationnel, scolaire)
    • de la qualité de la relation thérapeutique
  • Concernant la place de l'entourage AE :
    • aborder clairement la question de la confidentialité. Le secret médical est garanti au mineur :
      • si les informations ne sont pas nécessaires à des prises de décision parentale
      • si sa santé n'est pas en danger à court terme
      • et si les parents donnent leur accord aux consultations de façon implicite ou explicite
    • définir la place de la famille et prévenir l'adolescent si un autre intervenant doit être contacté
    • discuter avec l'adolescent du contenu et des destinataires des informations à transmettre et obtenir son accord ; les parents doivent être informés des éléments indispensables à leur prise de décision

Facteurs de risque et facteurs protecteurs

Facteurs de risque

  • Les facteurs de risque ne sont pas spécifiques à l'épisode dépressif caractérisé :
    • facteurs de risque individuels
      • antécédent ou existence de pathologie somatique ou handicapante
      • antécédents de trouble psychiatrique et plus largement de troubles internalisés (dont cognitions négatives) et de troubles externalisés
      • antécédent traumatique
      • orientation non hétérosexuelle (si discrimination), puberté précoce, sexualité à risque et grossesse à l'adolescence
    • facteurs de risque environnementaux
      • problèmes dans les relations familiales et conflit intrafamilial
      • problèmes dans les relations sociales : victime ou acteurs de harcèlement.
      • événement négatif : agression, mort d'un proche, conflit, séparation parentale, déménagement...
      • psychopathologie parentale, notamment consommation à risque de substances psychoactives et dépression maternelle
  • Sont considérés comme à très haut risque d'épisode dépressif caractérisé les adolescents :
    • vivant en foyer
    • réfugiés, demandeurs d'asile
    • ayant affaire au système judiciaire
    • ayant été victimes de maltraitance

Facteurs protecteurs

  • Il existe des facteurs protecteurs :
    • bonne estime de soi
    • styles cognitifs positifs (confiance dans ses capacités d'adaptation, optimisme, activités créatives, perception des situations comme solubles...)
    • qualité du soutien familial
    • capacité à utiliser le soutien amical et les adultes ressources
    • pratique sportive récréative

Signes évocateurs et échelle de repérage

  • Aucun symptôme n'est spécifique de l'épisode dépressif caractérisé.
  • La plainte est souvent à interpréter au-delà du motif évoqué.
  • Rechercher des manifestations dépressives et un éventuel épisode dépressif caractérisé sous-jacent, en questionnant l'adolescent et en l'aidant à exprimer ses ressentis AE.
  • L'échelle ADRS est la mieux validée pour aider à la détection d'un épisode dépressif caractérisé AE :
  • Rechercher les signes d'alerte suicidaire AE : voir has0057f
  • L'épisode dépressif caractérisé passe souvent inaperçu à l'adolescence du fait de :
    • confusion entre l'épisode dépressif caractérisé et l'adolescence normale avec sa part de dépressivité
    • expression symptomatique souvent trompeuse
    • caractère fluctuant des symptômes
    • réactivité de l'humeur
    • persistance de certains domaines fonctionnels (activité ou relation)
    • prévoir une prochaine consultation avec l'adolescent dont le délai sera adapté à la gravité des symptômes AE

Diagnostic

  • Le diagnostic d'un épisode dépressif caractérisé est clinique.
  • Il obéit à des critères diagnostiques. Il existe plusieurs nomenclatures : DSM-5, CIM-10.
  • Les critères du DSM-5 sont résumés dans le tableau 1 :

    Tableau 1. Critères diagnostiques résumés de l'épisode dépressif caractérisé selon le DSM-5
  • Il est nécessaire d'apprécier :

    Tableau 2. Intensité de l'épisode dépressif caractérisé (EDC) selon le DSM

Diagnostics différentiels AE

  • Les diagnostics différentiels d'un épisode dépressif caractérisé sont :
    • la dépressivité normale à l'adolescence : voir les différences
    • les manifestations dépressives secondaires à :
      • une affection médicale : anémie, dysthyroïdie, insuffisance surrénale primaire, diabète, déficit en vitamine B12, épilepsie, lupus, mononucléose, etc.
      • un médicament
      • une consommation à risque de substances psychoactives
    • les autres « troubles dépressifs » : trouble dépressif persistant, trouble dysphorique prémenstruel
  • Un épisode dépressif caractérisé peut survenir dans le cadre d'autres pathologies psychiatriques (notamment troubles bipolaires, schizophrénie).

Orientation vers le spécialiste, hospitalisation

Orientation vers un (pédo)psychiatre : AE

  • L'orientation de l'adolescent vers un (pédo)psychiatre est recommandée en présence d'au moins un des critères suivants :
    • un diagnostic de gravité ou de complexité :
      • intensité et aux caractéristiques de la dépression (dépression récurrente, résistante, atypique, psychotique)
      • intentionnalité suicidaire associée
      • association de comorbidités psychiatriques
      • existence d'une maladie organique décompensée
      • complexité (doute sur le diagnostic)
      • situation (situation familiale difficile, situation de crise, situation ayant une possible incidence médico-légale, etc.)
    • des difficultés du professionnel à comprendre ou à prendre en charge
    • une demande formulée par le patient ou son entourage de voir un (pédo)psychiatre

Cas du refus de soins AE

  • Écrire le refus dans le dossier du patient.
  • En cas de danger pour l'enfant ou pour autrui, le secret concernant le mineur peut être levé, même sans le consentement du mineur.
  • Les titulaires de l'autorité parentale peuvent :
    • hospitaliser l'enfant mineur contre son gré
    • décider de sa sortie contre l'avis du service
  • Face à un refus de soins émanant des détenteurs de l'autorité parentale, les soins, notamment l'hospitalisation, peuvent être imposés par une ordonnance de placement provisoire (article 375-9 du Code civil) :
    • sur décision judiciaire
    • après avis circonstancié d'un médecin extérieur à l'établissement
    • pour une durée maximale de 15 jours

Auteurs de la synthèse

Hélène Hyron , Thomas Higel et Agnès Peltier

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