Logo
Guide de pratique clinique Recommandation synthétisée par l’équipe éditoriale image Libre d’accès Libre d’accès

Femmes victimes de violences au sein d'un couple : conduite à tenir

Mise à jour par la HAS 12/01/2021

À retenir

  • Toutes les femmes peuvent être concernées. Pour le repérage des femmes victimes de violences au sein du couple, voir has0035f.
  • Accompagner la patiente sans jugement, sans minimiser les faits.
  • Evaluer les signes de gravité.
  • Orienter la patiente vers les associations qui pourront l'accompagner dans ses démarches judiciaires et policières, l'aider à se protéger et protéger ses enfants :
  • Mettre en place des mesures de protection en fonction de la présence d'enfants, de la gravité et de l'urgence de la situation :
    • hospitaliser sans délai en cas de situation jugée grave
    • établir un plan de sécurité en cas de situation à risque élevé (tableau 3 )
    • inciter la patiente à porter plainte.

Attitude à adopter

  • Être à l'écoute, ne pas porter de jugement, ni banaliser ou minimiser les faits, reconnaître la validité du récit de la femme.
  • Reformuler oralement les propos de la patiente avec elle, pour qu'elle se les réapproprie.
  • Rappeler le respect de la confidentialité de l'entretien, sauf dérogation légale au secret professionnel .
  • Prendre en compte le sentiment de culpabilité et de honte. Légitimer la situation de victime, lui confirmer qu'elle est dans son droit de demander de l'aide, l'encourager dans cette démarche.
  • Questionner la patiente sur sa perception de la sécurité et du bien-être de ses enfants.
    • La nécessité de protéger l'enfant en cas de violences au sein du couple est un élément essentiel à considérer.
    • Elle permet aussi de mobiliser les mères dans les démarches à entreprendre dans ces situations.

Evaluer les signes de gravité

  • Gravité des actes de violences : fréquence, intensité, contexte (grossesse, enfants, projet de séparation), conséquences des violences (risque de suicide, hématomes, fractures, etc.)
  • Dangerosité de l'agresseur : menaces de mort, tentatives de passage à l'acte (ex strangulation), présence d'armes au domicile, etc.
  • Retentissement sur les enfants du foyer
  • Vulnérabilité de la victime : grossesse, isolement social, présence d'un handicap, épisode dépressif caractérisé

Informer sur la violence

  • Confirmer à la patiente ce que sont les violences au sein du couple et réattribuer l'unique responsabilité des violences à l'agresseur.
  • Les faits de violence, notamment le viol au sein du couple, sont interdits et punis par la loi.
  • Elle n'est pas seule dans cette situation ; la violence au sein du couple est une situation fréquemment vécue.
  • Les violences évoluent par cycles has0035f#sCycledelaviolence au cours du temps en augmentant en intensité et en fréquence.
  • Elles ont un impact négatif sur la santé de la femme et celle de ses enfants.

Orienter

  • Disposer d'une liste de coordonnées des partenaires de son secteur (modèle à compléter ou liste des coordonnées nationales).
  • Transmettre à la patiente les coordonnées des aides associatives, judiciaires et sanitaires qui pourront l'écouter et l'accompagner dans ses démarches judiciaires et policières, l'aider à se protéger et protéger ses enfants :
    • contacts d'urgence : rappeler à la patiente qu'elle peut appeler le 15 ou se présenter aux urgences 24h/24, 7j/7
    • numéros d'écoute, d'information et d'orientation : 3919 (Violences Femmes Info) ou 116 006 (numéro européen dédié aux victimes d'infractions pénales)
    • liste des associations nationales et de proximité
    • plateforme de signalement des violences sexuelles : possibilité d'échanger par tchat avec des policiers ou des gendarmes spécialement formés afin de signaler des faits de violences sexuelles et/ou sexistes

Protéger

Synthèse des mesures de protection

Tableau 1. Mesures de protection à mettre en place par le médecin


 

Tableau 2. Mesures de protection existantes à mettre en place par la patiente en cas de violence au sein du couple

* Le but de la main courante n'est pas d'engagér des poursuites à l'encontre de l'auteur des faits mais de les signaler aux forces de l'ordre. L'auteur des faits n'en a pas connaissance. Toutefois, si des faits graves sont révélés, la police/gendarmerie peut prévenir le procureur de la République pour engagér des poursuites pénales contre l'auteur des faits présumés.

Inciter à porter plainte

  • Inciter la patiente à déposer plainte maintenant ou plus tard, dès qu'elle se sentira prête et en sécurité pour le faire.
  • Si la patiente ne souhaite pas porter plainte :

Etablir un plan de sécurité en cas d'urgence

  • Conseiller à la victime de prévoir un plan de sécurité à préparer de façon anticipée pour se protéger en cas d'urgence (version imprimable).
Tableau 3. Plan de sécurité

Informer des mesures de protection existantes

  • Informer du droit de quitter le domicile conjugal, avec les enfants en le signalant à la police ou à la gendarmerie (voir tableau 2 )
  • Informer du droit de saisir en urgence le juge aux affaires familiales , même sans dépôt de plainte, pour demander une ordonnance de protection (voir tableau 2 )

Conduite à tenir en cas de situation jugée grave

  • Hospitaliser sans délai après un appel au 15 ou mettre en sécurité en centre d'hébergement d'urgence (numéro 115).
  • Décider une hospitalisation des enfants pour protection et évaluation has0015f.
  • Inciter la patiente à porter plainte.
  • En cas de refus de porter plainte, possibilité de faire un signalementau procureur de la République avec l'accord de la victime, sauf dans certaines situations (voir secret médical et législation )

La patiente ne souhaite pas porter plainte

  • Préciser à la patiente qu'elle reste libre d'agir quand et comme elle le souhaite.
  • Il est fondamental pour la patiente de retrouver l'autonomie qu'elle a perdue face à son agresseur :
    • aider la patiente dans sa prise de décision sans la presser à prendre une décision immédiate
    • ne pas porter de jugement
    • expliquer que, même si elle ne porte pas plainte, elle continuera d'être suivie et soutenue et lui proposer systématiquement une consultation de suivi
    • l'informer des conséquences pour ses enfants et expliquer à la patiente qu'elle peut faire ce choix pour elle-même, mais que le fait qu'un enfant soit victime de ces violences autorise le praticien à se délier du secret professionnel en informant les autorités compétentes (voir secret médical et législation ).
  • Informer de l'existence du site Mémo-de-vie permettant d'avoir un espace sécurisé et gratuit pour garder une trace des faits de violence, stocker des documents...

Certificat médical initial

  • Peut être utilisé pour faire valoir les droits de la victime et obtenir une mesure de protection.
  • Dans le cadre d'un dépôt de plainte, l'établissement du certificat médical n'est pas un préalable indispensable.
  • La consultation et l'examen clinique de la patiente sont un préalable indispensable à la rédaction du certificat (modèle de CMI), voir Tableau 4
  • Déterminer une ITT (Incapacité totale de travail) n'est pas obligatoire : à éviter en l'absence de compétences spécifiques.
Tableau 4. Rédaction d'un certificat médical initial

Secret médical et législation

Qu'est-ce qu'un signalement

  • Article 226-14 du code pénal : Le signalement est une dérogation légale au secret professionnel qui consiste à porter à la connaissance du Procureur de la République les sévices ou privations qu'il a constatés, sur le plan physique ou psychique, et qui lui permettent de présumer l'existence de violences physiques, sexuelles ou psychiques.
  • La rédaction du certificat médical ne se substitue pas au signalement.
  • Le praticien doit recueillir l'accord de la victime pour effectuer un signalement.
  • Toutefois, cet accord n'est pas nécessaire si la victime est :
    • mineure
    • une personne vulnérable (modèle de signalement pour mineur ou personne vulnérable)
    • majeure en danger immédiat et placée dans l'incapacité de se protéger en raison de la contrainte morale résultant de l'emprise exercée par l'auteur des violences (article 226-14 du code pénal) (modèle de signalement pour majeur)

A quoi sert un signalement

Un signalement est-il obligatoire

  • Si la victime est mineure : oui
    • Protéger l'enfant est un acte médical et une obligation légale has0015f
  • Si la victime est une personne majeure vulnérable : non
    • Ce n'est pas une obligation. Toutefois, le médecin informé ne peut rester passif, sans encourir les peines prévues à l'article 223-6 du code pénal réprimant la non-assistance à personne en péril.
  • Si la victime est une personne majeure en danger immédiat : non
    • La nouvelle loi ne crée pas une obligation de signalement pour le soignant. Elle lui permet de le faire sans risque de violation du secret médical.

Que faire en cas d'enfants

  • Dès lors que des enfants sont présents dans le foyer, chaque situation doit faire se poser au praticien la question de se délier du secret professionnel par le biais d'une information préoccupante ou d'un signalement judiciaire (art. 226-14 du Code pénal).
  • Lorsqu'il n'a pas vu les enfants en consultation, le médecin qui estime que les enfants pourraient être en danger ou en risque de l'être doit émettre une information préoccupante auprès de la Cellule de Recueil des Informations Préoccupantes (CRIP) ou les contacter pour échanger autour de la situation has0015f.

Auteurs de la synthèse

Claire Rambaud , Annie Tangtakoun et Nicolas de Chanaud

contact icon
Une question, une remarque ou un bug sur ce contenu ?
Contactez-nous !