Maltraitance chez l'enfant : conduite à tenir
Publication par la HAS
07/01/2017
Thématiques
À retenir
- Protéger l'enfant est un acte médical et une obligation légale : le médecin ou un autre professionnel de santé n'a pas à être certain de la maltraitance, ni à en apporter la preuve, pour alerter l'autorité compétente.
- Si l'enfant semble en danger immédiat : contacter le Procureur de la République, avec mise en sécurité de l'enfant grâce à son hospitalisation rapide ( modèle de signalement ).
- Si la maltraitance est estimée non urgente : contacter la CRIP (Cellule départementale de recueil d'évaluation et de traitement des informations préoccupantes) ou le numéro 119 (N° national Allô enfance en danger 7j/7, 24h/24).
Anamnèse
- Entretien avec l'entourage : poser des questions ouvertes, sans porter de jugement (garder à l'esprit que l'accompagnateur peut être l'auteur présumé ou un témoin passif) :
- antécédents médicaux personnels et familiaux
- événements de vie qui ont pu affecter l'enfant
- comportement habituel de l'enfant, l'environnement dans lequel il vit
- environnement familial (nombre d'enfants, y compris les ½ frères et sœurs ; stabilité du couple ; règles éducatives ; conflits ; violences conjugales ; antécédents de maltraitance dans l'enfance des parents)
- relation parent-enfant (favorable, hostile ou indifférente)
- Entretien avec l'enfant : il est recommandé d'avoir un entretien seul avec l'enfant dès que son âge le permet et avec son accord.
- il est recommandé de débuter l'entretien par des questions d'ordre général (école, conditions de vie à la maison, loisirs, relations avec sa famille, ses copains)
- laisser l'enfant s'exprimer spontanément, en évitant de reformuler ou d'interpréter ses propos, en respectant les silences et en privilégiant les questions ouvertes, en lui montrant qu'on croit sa parole
- l'objectif est de préciser l'origine des lésions observées, de rechercher d'éventuelles discordances entre les lésions observées et les explications données
Examen clinique complet
- Croissance (périmètre crânien, taille, poids) et courbes
- Développement psychomoteur
- Examen cutané rigoureux à la recherche de traces de violence sur l'ensemble du corps
- Examen des muqueuses notamment de la cavité buccale
- Palpation généralisée à la recherche de signes de fractures, d'hémorragie interne par atteinte viscérale (défense abdominale, douleur, masse...)
- Observation du comportement de l'enfant et de son entourage durant l'examen clinique
Notes dans le dossier du patient et dans le carnet de santé
- Toutes les données recueillies au cours de l'examen clinique doivent être consignées dans le dossier du patient.
- Les propos de l'enfant et de la famille sont retranscrits mot pour mot, entre guillemets, tels qu'ils ont été entendus ou observés, en évitant tout commentaire, interprétation ou appréciation personnelle.
- Les diverses lésions peuvent être retranscrites sur un schéma et dans la mesure du possible, être photographiées.
Décisions possibles pour protéger l'enfant
Indication d'hospitalisation immédiate
- L'enfant est un nourrisson.
- En cas d'urgence vitale :
- appel du 15 pour transfert de l'enfant à l'hôpital qui doit faire le signalement
- En cas de danger important avec nécessité de mise à l'abri immédiate de l'enfant (forte suspicion de maltraitance avec auteur présumé au domicile de l'enfant) :
- hospitaliser sans délai : prévenir le senior des urgences et s'assurer de la venue effective de l'enfant
- informer le procureur de la République par téléphone
- adresser le signalement (réalisé par le médecin qui adresse l'enfant ou l'hôpital) par fax et courrier en gardant une copie
En dehors des situations d'urgence
- Compte tenu de la complexité, les réflexions doivent se faire de façon collégiale avec l'aide du numéro 119 (Allô enfance en danger 7j/7, 24h/24), du CDOM, de la CRIP, du médecin scolaire ou de PMI.
- Rédaction d'une « information préoccupante » transmise à la CRIP par téléphone et fax et/ou courrier.
- Quel que soit le degré d'urgence, informer les parents de ses inquiétudes par rapport à l'enfant sauf si cela est contraire à l'intérêt supérieur de l'enfant.
Obligations et risques pour le médecin
- Le médecin peut être amené à rédiger un certificat médical initial (ITT) qui ouvrira des droits à réparation.
- Comme tout citoyen, le médecin est tenu de porter assistance à l'enfant, et la non-assistance vise « non pas le fait de ne pas parler, mais le fait de ne pas agir » (pour protéger l'enfant).
- il n'y a aucune exception, professionnels et non-professionnels y sont soumis.
- dans le doute, le médecin peut demander conseil par téléphone à la CRIP (cellule de recueil des informations préoccupantes) de son département ou à son conseil départemental de l'Ordre .
- Aucune poursuite ni sanction n'est possible si le signalement est effectué selon les règles : constatation et description de lésions sans interprétation quant à leur origine, discours des divers protagonistes rapportés entre guillemets, utilisation éventuelle du mode conditionnel, pas de dénonciation de personne, pas de nom cité.
Auteurs de la synthèse