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Affections du pied : situations de recours au pédicure-podologue

Publication par la HAS 26/11/2020
Synthèse par ebmfrance 18/09/2024

À retenir

  • Ce guide de pratique clinique concerne diverses situations et pathologies rencontrées en médecine générale, sous l’angle de la collaboration pluriprofessionnelle avec les pédicures podologues.
  • Des conseils sont à aborder avec les patients :
  • Il est recommandé de repérer la fragilité chez les personnes âgées.
  • Pour tous les patients à partir de 60 ans, le risque de chute s’évalue via le recueil des facteurs de risque de chute et l’usage de tests fonctionnels standardisés .
  • En cas de diabète, tous les ans : un dépistage du risque lésionnel podologique est recommandé : qui détermine le grade de risque lésionnel et l’ orientation
  • Dans certaines indications, médecins généralistes et/ou pédicures-podologues peuvent prescrire des orthèses plantaires
  • Dans certaines indications, les médecins généralistes peuvent prescrire des chaussures thérapeutiques de série : CHUT, CHUP

Personnes âgées : spécificités

  • Il est recommandé de rechercher la fragilité chez les sujets âgés :
    • elle est un marqueur de risque de chute , de mortalité, de perte d’autonomie, d’hospitalisation et d’institutionnalisation.
    • un outil de repérage de la fragilité est disponible, valable :
      • pour les personnes de 65 ans et plus
      • pour les personnes autonomes avec ADL ≥ 5/6
      • à distance d’une pathologie aiguë
    • L’examen régulier des pieds des personnes âgées est recommandé.
    • Les affections podologiques, chez les personnes âgées :
      • ont une prévalence et incidence élevées, en particulier après 75 ans
      • peuvent réduire les capacités fonctionnelles et favoriser les chutes
      • font l’objet d’un recours aux soins insuffisant
    • L’orientation vers le pédicure-podologue chez les personnes âgées est recommandée en cas de :
      • difficultés de chaussage, algie du pied
      • habitudes de chaussage pouvant entraîner des troubles de l’équilibre ou des conflits mécaniques
      • affection épidermique au pied
      • atteinte de l’appareil locomoteur
      • troubles trophiques du pied liés à une affection neurologique, vasculaire, métabolique, rhumatismale, musculaire, sensorielle et/ou cognitive, dont le mal perforant plantaire
      • affection podologique associée à des troubles de la marche et/ou de l’équilibre ou à des antécédents de chute
      • perte d’autonomie avec incapacité du patient à réaliser lui-même, ou par un aidant, ses soins d’hygiène du pied tels que la coupe d’ongles : impossibilité d’atteindre ses pieds, force de préhension ou acuité visuelle insuffisante, troubles cognitifs...
      • hyperkératoses et ongles pathologiques : ongles incarnés, mycoses, plaques unguéales hypertrophiques (onychosis)...
      • indication d’une orthèse
      • plainte ou demande du patient concernant ses pieds

Risque de chute

  • A partir de 60 ans, il est recommandé en systématique :
Tableau 1. Facteurs de risque de chute

Tests fonctionnels

  • Systématiquement à partir de 60 ans : deux tests fonctionnels standardisés et chronométrés sont recommandés pour identifier les personnes à risque de chute :
  • Un examen cutané des pieds est réalisé avant les tests pour s’assurer que rien ne perturbe l’appui du pied au sol.
  • Les tests peuvent varier en fonction du chaussant utilisé : dans ce cas, il est conseillé de faire un examen comparatif chaussé.

Risque de récidive de chute

  • Le risque de récidive de chute est particulièrement élevé si :
    • augmentation récente de la fréquence des chutes
    • ≥ 3 facteurs de risque de chute (Tableau 1 )
    • risque identifié par les tests fonctionnels standardisés

Orientation vers le podologue

  • Les facteurs associés au risque de perte d’autonomie (somatiques, fonctionnels, psychologiques, sociaux) sont recherchés dans une démarche pluriprofessionnelle.
  • Le médecin traitant peut notamment :
    • si indiqué, prescrire un chaussage thérapeutique de série à usage temporaire ou prolongé (CHUT ou CHUP) : en savoir plus
    • orienter vers un pédicure-podologue toute personne âgée ayant des difficultés à la marche ou des douleurs aux pieds pour prévenir les chutes
  • Le pédicure-podologue peut notamment réaliser un bilan diagnostique en pédicurie-podologie dans le but de prévenir les chutes.

Diabète

  • Le diabète augmente le risque de plaies pouvant conduire à des amputations.
  • Evaluer le grade de risque lésionnel du pied chez les patients diabétiques fait partie des compétences des pédicures-podologues.

Dépistage annuel : grade de risque lésionnel et orientation

  • Il est recommandé de réaliser tous les ans chez tous les patients diabétiques un dépistage du risque podologique, qui détermine :
    • le grade de risque lésionnel (Tableau 2 )
    • et l’orientation sur une prise en charge spécifique, les mesures préventives et la fréquence de suivi (Tableau 3 )
  • Le grade de risque lésionnel conditionne le remboursement des soins : en savoir plus
Tableau 2. Gradation du risque lésionnel podologique suite au dépistage annuel
Tableau 3. Mesures préventives et fréquence de suivi par les professionnels en fonction du grade de risque lésionnel
  • Il est recommandé d’informer les patients sur les situations à risque de plaie .
  • Dès le Grade 0 : il est recommandé d’orienter tous les patients diabétiques vers un programme d’éducation thérapeutique.
  • Au Grade 3 : il est recommandé que les malades puissent bénéficier de soins hautement spécialisés par une équipe pluriprofessionnelle avec confection d’orthèses plantaires et, si nécessaire, de chaussures sur-mesure.
  • Pour adapter le nombre nécessaire de séances de soins instrumentaux et la nécessité d’orthèses (orthoplasties, orthonyxies, orthèses plantaires) : un bilan diagnostique annuel en pédicurie podologie est recommandé pour toute personne diabétique.
  • Les personnes diabétiques ayant un pied douloureux ou des déformations aux pieds doivent être orientées vers le pédicure-podologue.

Situations à risque de plaie

  • Il est recommandé d’informer les patients sur les facteurs déclenchants et situations à risque de plaie :
    • chaussure inadaptée
    • marche pieds nus
    • chaussettes/bas/collants dont les coutures distales créent des pathologies pulpaires ou unguéales
    • dispositifs de compression veineuse trop serrés, mal positionnés, usagés déchirés
    • sécheresse cutanée
    • auto-soins
    • ongle traumatisant
    • anomalies pré-lésionnelles : fissures, mycose, crevasses
    • hyperkératose ou conflit mécanique
    • troubles statiques et dynamiques
    • corps étranger dans la chaussure

Collaboration MG-podologue-infirmier(e)s

  • En cas de plaie : il est recommandé pour les médecins généralistes de prendre en charge sans délai tout patient diabétique adressé par un pédicure-podologue pour un avis sur une plaie.
    • connaitre les coordonnées des centres de prise en charge du pied du patient diabétique.
  • Les orthèses plantaires ont un rôle capital dans le devenir du patient diabétique à risque podologique :
    • en prévention primaire de l’ulcération : l’objectif thérapeutique est la prévention des ulcères plantaires
    • en prévention secondaire de l’ulcération : elles peuvent être utilisées à visée de décharge de mal perforant. Dans ce cas, elles doivent évoluer en fonction de la cicatrisation
    • elles doivent être portées en permanence, y compris au domicile, dans un chaussant adapté
    • en cas de douleur, rougeur, conflit avec l’orthèse : interrompre le port en attendant leur modification rapide
    • leur prescription par un médecin est indispensable pour la prise en charge par les organismes sociaux
    • elles peuvent être renouvelées une à deux fois par an
    • leur « durée de vie » maximale est de 1 an
  • Le médecin traitant peut prescrire un chaussage thérapeutique de série pour un usage temporaire ou prolongé : CHUT ou CHUP
  • En cas d’amputation, si les chaussures conventionnelles sont totalement inadaptées, la prescription de chaussures en podo-orthèse est nécessaire.

Infection fongiques

  • Il est recommandé d’informer sur les règles d’hygiène qui permettent de limiter le risque de survenue d’une mycose

Infection fongique cutanée

  • Selon le type de mycose, adapter le pH du savon :
    • savon acide en cas de dermatophytie
    • savon neutre ou alcalin en cas de candidose
  • Il n’y a pas de différence d’efficacité prouvée entre les antifongiques (ou antimycosiques) locaux à large spectre.
  • Il est recommandé d’utiliser :
    • des émulsions ou des crèmes lors de lésions cutanées sèches et desquamatives
    • une lotion, un gel ou une poudre devant des lésions suintantes et macérées
  • Pour une meilleure observance, privilégier les antifongiques ne nécessitant qu’une application quotidienne.
  • Il existe un risque d’augmentation de l’effet des anticoagulants oraux, tels que les antivitamines K, notamment chez des patients âgés traités même localement par des imidazolés.

Infection fongique de l’ongle : onychomycose

  • Un prélèvement mycologique est nécessaire pour affirmer le diagnostic et entreprendre le traitement approprié.
    • en cas de résultat négatif, répéter le test (risque de faux négatif)
  • Le traitement d’une onychomycose n’est pas systématique. Il est recommandé de prendre en compte :
    • le terrain (sujet âgé, antécédent d’érysipèle)
    • le retentissement (douleurs, gène à la marche, esthétique)
    • les limites (choix du patient, observance, efficacité, effets secondaires)
  • Le pédicure-podologue peut réaliser des soins recommandés préalablement au traitement des onychomycoses :
    • une découpe de toutes les tablettes décollées (avulsion mécanique) avec surveillance de la repousse pour éviter l’ongle incarné
    • le fraisage/curetage répété des hyperkératoses
    • le curetage des hématomes sous-unguéaux
    • une onycholyse chimique
  • Le traitement antifongique peut être :
    • local lorsque l’atteinte est distale, sans atteinte de la zone matricielle
      • Le traitement par antifongique local peut être débuté dès le prélèvement effectué, sans attendre le résultat
    • systémique associé au traitement local en cas d’atteinte
      • de la zone matricielle
      • unguéale distale multiple
  • Il est recommandé d’informer le patient :
    • que la durée du traitement est de plusieurs mois
    • qu’il est nécessaire de respecter la durée du traitement sans l’interrompre sous peine d’inefficacité
  • Pour les personnes âgées qui ont une perte d’autonomie :
    • il est préférable de choisir un produit qui ne s’applique pas quotidiennement
    • une aide pour l’application peut s’avérer nécessaire

Effets secondaires des traitements anti-cancéreux

  • Les atteintes cutanées, unguéales et péri-unguéales secondaires à certaines chimiothérapies et thérapies ciblées peuvent :
    • affecter la qualité de vie du patient
    • avoir une répercussion sur le traitement anticancéreux :
      • réduction du traitement anticancéreux
      • suspension temporaire
      • changement de molécule
  • Un suivi régulier par un pédicure-podologue est recommandé :
    • avant le traitement anti-cancéreux
    • pendant toute la durée du traitement (soins de pédicurie pendant les semaines de pause du traitement)
    • et dans le cas de zones d’hyperkératose préexistantes
  • Il est recommandé d’informer sur les conseils de chaussage notamment :
    • porter des chaussures amples et confortables
    • préférer les chaussettes en coton aux chaussettes synthétiques
    • préférer des bas de contention sans couture traumatisante
  • Il est recommandé d’éduquer le patient à reconnaître les signes précurseurs des complications d’atteintes cutanées, unguéales, péri-unguéales, ou par un granulome pyogénique (ou botriomycome).

Syndrome main-pied

  • Le syndrome main-pied complique certains traitements anticancéreux.
  • Il se caractérise par un érythème palmaire et/ou plantaire symétrique associé à :
    • une desquamation avec douleur
    • une paresthésie
    • une intolérance à la température (notamment chaleur)

Onycholyses et paronychies

  • Certains traitements anticancéreux peuvent entrainer des effets indésirables au niveau des ongles ou de leur périphérie :
    • onycholyse : affection de l’ongle qui provoque un décollement progressif de sa partie distale
    • paronychie : inflammation du pourtour de l’ongle avec la présence d’un bourgeon charnu saignant associé à un ongle fragilisé

Affections rhumatismales

  • Il est recommandé une intervention précoce du pédicure-podologue lorsque l’affection concerne le pied, en concertation avec les autres professionnels de santé.
  • Dans chacune des pathologies rhumatologiques, à adapter :

Arthrose

  • La prévalence de l’arthrose du pied est basse mais certainement sous-estimée.
  • La perte de mobilité liée à l’arthrose des mains, du dos, des genoux ou des hanches peut réduire la capacité du patient à prendre soin de ses pieds.
  • Il est recommandé d’adresser à un pédicure-podologue, les patients ayant de l’arthrose au niveau du membre inférieur avec une douleur articulaire ou une instabilité.

Polyarthrite rhumatoïde

  • La polyarthrite rhumatoïde atteint le pied dans 90 % des cas.
  • Les atteintes des pieds sont associées à la gravité de la maladie.
  • Il est recommandé d’adresser à un pédicure-podologue tout patient ayant une polyarthrite rhumatoïde, dès le début de la maladie.
  • Il est recommandé de prescrire des orthèses plantaires, notamment :
    • en prévention des déformations
    • à la moindre atteinte inflammatoire, articulaire et du tendon du muscle tibial postérieur
  • Pour les patients ne pouvant utiliser des chaussures ordinaires : le médecin peut prescrire des chaussures thérapeutiques de série : CHUT ou CHUP

Spondyloarthrite ankylosante

  • Il est recommandé d’adresser au pédicure-podologue les patients atteints de spondyloarthrite ayant des difficultés lors de leurs activités quotidiennes.

Rhumatisme psoriasique

  • L’atteinte des pieds est fréquente et grave.
  • Conseiller aux patients de consulter un pédicure-podologue en cas d’atteinte unguéale.

Arthropathies microcristallines

  • Le début est souvent polyarticulaire chez les personnes âgées.
  • Une nouvelle crise survient dans l’année suivant la première crise pour 60 % des patients.
  • En dehors des poussées inflammatoires, des orthèses plantaires sont indiquées à visée antalgique et fonctionnelle.

Maladies neuro-dégénératives

  • Il est recommandé de contrôler si le patient est en capacité de réaliser ses soins d’hygiène des pieds.
  • Il est recommandé de sensibiliser les patients et les aidants aux conseils de chaussage
  • Certains troubles du comportement associés tels que la déambulation intempestive requièrent, de la part des aidants ou des soignants, des soins particuliers :
    • hydratation
    • chaussage sportif
    • chaussettes en coton...
  • Si nécessaire, il est recommandé d’évaluer la douleur avec une échelle comportementale, par exemple ECPA
  • Dans la maladie de Parkinson et les syndromes apparentés, le pédicure-podologue est l’un des acteurs dans la prise en charge des troubles de la marche et posturaux.
  • Dans la maladie d’Alzheimer ou apparenté, il n’y a pas de prise en charge podologique spécifique. Il est recommandé de faire preuve de bienveillance et d’empathie envers ces patients pour parvenir à pratiquer les soins instrumentaux et/ou orthétiques.
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