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Guide de pratique clinique Libre d’accès

Mal aigu des montagnes

Mise à jour par Duodecim
02/03/2021
Contextualisation par ebmfrance
19/06/2025
Les adaptations au contexte français sont signalées par le pictogramme 

À retenir

 
  • Le mal aigu des montagnes (MAM) désigne les symptômes cliniques provoqués par l'exposition à l'hypoxie en haute altitude.
  • Pour prévenir les symptômes, les vitesses d'ascension recommandées ne doivent pas être dépassées.
  • La descente à une altitude plus basse est toujours le traitement de première intention du MAM.

Acclimatation (adaptation)

  • Plus l'altitude augmente, plus la pression atmosphérique diminue. L'ascension à des altitudes élevées entraîne une baisse de la pression partielle de l'oxygène dans le sang (pO2).
  • La baisse de la pression partielle de l'oxygène dans le sang artériel déclenche le processus d'acclimatation, caractérisé par une augmentation de la ventilation afin d'accroître la pression partielle. Le débit urinaire augmente également.
  • Il n'existe pas de test permettant de prédire de manière fiable la capacité individuelle à s'adapter aux altitudes élevées.
  • Facteurs de risque d'une mauvaise adaptation
    • antécédents de MAM
    • obésité
    • vivre à une altitude inférieure à 900 mètres
    • vitesse d'ascension et altitude de sommeil supérieures aux recommandations
    • affections altérant l'hémodynamique et la fonction pulmonaire, telles que la coronaropathie ou la BPCO

Évaluation du risque de développer un MAM

  • Le risque peut être considéré comme faible si
    • la personne a déjà atteint une altitude de 2 800 m sans symptômes, ou
    • plus de deux jours sont consacrés à l'ascension jusqu'à une altitude de 2 500 à 3 000 m
  • Le risque est modéré si
    • une personne ayant des antécédents de MAM monte à une altitude comprise entre 2 500 et 2 800 m en l'espace d'une journée, ou
    • une personne sans antécédents de MAM monte à une altitude supérieure à 2 800 m, ou
    • la vitesse d'ascension dépasse 500 m/jour (différence entre les altitudes auxquelles les nuits sont passées) à une altitude supérieure à 3 000 m
  • Le risque est élevé si
    • une personne ayant des antécédents de MAM monte à une altitude supérieure à 2 800 m en l'espace d'une journée, ou
    • la personne a des antécédents d'œdème cérébral ou pulmonaire, ou
    • une altitude supérieure à 3 500 m est atteinte en l'espace d'une journée ou l'altitude à laquelle la nuit est passée augmente de plus de 500 m/jour à une altitude supérieure à 3 500 m

Symptômes

Mal aigu des montagnes (MAM)

  • 25 % des alpinistes auront un MAM à des altitudes comprises entre 1 850 et 2 750 m, et 40 % à des altitudes supérieures à 3 000 m.
  • Les céphalées sont le principal symptôme.
  • Le diagnostic de MAM peut être posé lorsque les céphalées sont associés à au moins l'un des éléments suivants :
    • asthénie
    • perte d'appétit ou nausées
    • œdèmes périphériques
    • vertige
  • Voir Score de Lake Louise
  • Si des symptômes légers de MAM apparaissent, il faut interrompre l'ascension et ajouter au moins une journée de repos supplémentaire, pendant laquelle l'activité physique doit être limitée. L'hyperventilation contrôlée peut réduire les symptômes.
  • Si les symptômes ne disparaissent pas au bout de 1 à 2 jours ou s'aggravent au cours des 24 premières heures, une descente immédiate est nécessaire.
  • Les enfants doivent être ramenés à des altitudes plus basses dès la moindre suspicion de MAM.

MAM avec manifestations cérébrales (OCHA)

  • L'œdème cérébral de haute altitude (OCHA) est un symptôme rare qui ne se manifeste généralement qu'à des altitudes supérieures à 4 000 mètres.
  • Le volume cérébral et la pression intracrânienne augmentent, pouvant évoluer vers un engagement cérébral et la mort en quelques heures ou quelques jours. Les patients peuvent manquer de discernement quant à leur état.
  • Les symptômes peuvent évoluer rapidement. Le taux de mortalité est d'environ 40 %.
    • ataxie (symptôme principal)
    • céphalées sévères résistants aux médicaments habituels
    • nausées et vomissements
    • vertige
    • hallucinations
    • photophobie
    • troubles visuels, œdème papillaire
    • comportement illogique, nonchalance, apathie ou changements d'humeur
    • constatations neurologiques (nystagmus, signe de Babinski positif, hémiparésie, rigidité nucale, ophtalmoplégie)
    • fièvre
    • troubles de la conscience
    • perte de conscience
    • oligurie (< 0,5 L/24 heures)

MAM avec manifestations pulmonaires (OPHA)

  • L'œdème pulmonaire de haute altitude (OPHA) survient généralement à des altitudes supérieures à 2 500 m, mais il a déjà été décrit à des altitudes supérieures à 1 500 m.
  • À une altitude de 2 700 m, l'incidence de l'OPHA est inférieure à 1 pour mille, à une altitude de 4 000 m, elle est de 2 %.
  • Le taux de mortalité est de 6 % en cas de traitement et de 44 % en l'absence de traitement.
    • détérioration soudaine de la capacité fonctionnelle respiratoire (symptôme principal)
    • dyspnée à l'effort et récupération insuffisante
    • plus tard, dyspnée au repos
    • augmentation du rythme cardiaque (tachycardie)
    • cyanose de la peau et/ou des lèvres
    • toux sèche, puis expectoration mousseuse teintée de sang
    • l'auscultation révèle des crépitements humides (audibles ultérieurement sans l'utilisation d'un stéthoscope)
    • douleur et brûlure rétrosternales
    • vomissements
    • fièvre
    • la position allongée aggrave les symptômes et devient impossible par la suite.
    • oligurie (< 0,5 L/24 heures)
  • Si le traitement est instauré immédiatement, le soulagement des symptômes cliniques est généralement visible en quelques heures.

Prise en charge

  • Prise en charge initiale
    • repos, chaleur
    • toujours descendre vers des altitudes plus basses. En cas de symptômes d'OPHA ou d'OCHA, le patient doit être transporté en évitant tout effort, de préférence en position assise et mis à l'abri du froid. L'altitude à laquelle la dernière nuit asymptomatique a été passée convient généralement ; dans la mesure du possible, il faut descendre d'au moins 500 m.
  • Oxygénothérapie
    • dans un premier temps, 6 à 10 L/min jusqu'à ce que la cyanose soit inversée ou que la SaO2 dépasse 90 %
    • par la suite, 2 à 4 L/min en continu ou par intermittence
  • Un caisson hyperbare portable C (sac Gamow) si disponible (pendant 1 à 2 heures, à répéter si nécessaire)
  • Traitement médicamenteux du MAM ou de l'œdème cérébral
    • acétazolamide C 250 mg deux fois par jour
    • dexaméthasone C , dose initiale de 8 mg, puis 4 mg toutes les 6 heures
      • en cas de symptômes graves, la dexaméthasone est plus efficace que l'acétazolamide.
  • Traitement médicamenteux de l'œdème pulmonaire
    • inhibiteurs de la phosphodiestérase de type 5 (PDE5) (50 mg de sildénafil une fois par jour, 10 mg de tadalafil une fois par jour)
    • 10 à 20 mg de nifédipine à mâcher, puis 20 à 30 mg d'une forme galénique à action prolongée toutes les 12 heures

Prévention

  • Si le risque de tomber malade est faible, il n'est pas nécessaire de prendre des médicaments prophylactiques.
  • Une ascension progressive et deux nuits à une altitude de 2 500 à 3 000 m avant de continuer sont généralement suffisantes pour l'acclimatation.
  • À des altitudes supérieures à 3 000 m, la vitesse d'ascension quotidienne ne doit pas dépasser 500 m et un jour de repos doit être prévu tous les 3 à 4 jours.
  • Dans les situations à risque modéré ou élevé, des médicaments prophylactiques peuvent être administrés en plus de l'ascension progressive.
  • Pour les patients à risque modéré ou élevé, le médicament de première intention est l'acétazolamide 125 mg B une ou deux fois par jour. Si cela n'est pas possible, la dexaméthasone D peut être utilisée comme alternative.
 
  • Les inhibiteurs de la PDE5 (sildénafil, tadalafil) à des doses similaires à celles utilisées pour le traitement du MAM peuvent être utilisés pour prévenir l'œdème pulmonaire.

Références

  • Luks AM, Auerbach PS, Freer L, et al. Wilderness Medical Society Clinical Practice Guidelines for the Prevention and Treatment of Acute Altitude Illness: 2019 Update. Wilderness Environ Med 2019;30(4S):S3–S18. PubMed
Auteurs Duodecim
02/03/2021
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