L’œil rouge

Last modified at 12/06/2021 04:57 by System Account

À retenir

  • La cause la plus fréquente de rougeur oculaire est la conjonctivite allergique ou bactérienne.
  • Les autres causes que le médecin généraliste peut traiter sont les pathologies telles que les symptômes légers de sécheresse oculaire, le corps étranger cornéen et l'érosion cornéenne.
  • L’œil rouge peut aussi être le symptôme d'une maladie qui évolue vers une perte permanente de la vision si elle est diagnostiquée trop tard.
  • Les maladies telles que le glaucome aigu à angle fermé, la suspicion d'endophtalmie, la sclérite, l'uvéite antérieure, la kératite ou l'ulcère cornéen prolongé nécessitent la prise en charge d'un ophtalmologue.

Symptômes et constatations

Tableau 1. Symptômes et signes liés à l’œil rouge dans les cas traitables par le médecin généraliste (si les symptômes persistent, référer le patient à un ophtalmologue)
DiagnosticSymptômes et constatations
Pour ces troubles, la pression intraoculaire est généralement normale. N.B. sections marquées d'un astérisque (*) : Si la pression intraoculaire est inférieure à celle de l'œil sain, penser à la possibilité d'une plaie pénétrante !
RougeurÉcoulementDouleur, autres sensationsApparence cornéenneAcuité visuelle, autres éléments à prendre en compte
Sécheresse oculaire [Guide de pratique clinique] Rougeur conjonctivaleÉcoulement aqueuxCorps étranger ou sensation granuleuse ; en cas de prolongation, douleurIl se peut que la cornée inférieure soit opaqueDans les cas avancés, acuité visuelle réduite
Conjonctivite [Guide de pratique clinique] Rougeur conjonctivaleBactérienne : écoulement purulent. Viral : écoulement clair et aqueux.Prurit, sensation granuleuse ou de corps étrangerClaireVision floue due à l'écoulement. Souvent aussi, en cas d'allergie, gonflement des paupières.
Corps étranger conjonctival ou cornéen [Guide de pratique clinique] *Rougeur conjonctivale ou péricornéenneÉcoulement souvent aqueuxSensation de corps étranger ou douleurUn morceau de métal apparaît souvent comme une tache ronde et rouillée.Acuité visuelle réduite en présence d'un corps étranger cornéen dans une zone centrale.
Ulcère cornéen [Guide de pratique clinique] *Rougeur pas nécessairement présenteÉcoulement souvent aqueuxSensation de corps étranger ou douleurL'ulcère est détectable à la lumière bleue après coloration à la fluorescéine.Acuité visuelle réduite en présence d'un ulcère cornéen dans une zone centrale.
Sclérite superficielle (épisclérite) [Guide de pratique clinique] Rougeur épisclérale sectorielleAucun écoulementŒil sensible à la palpation, sensibilité aux courants d'airClaireAcuité visuelle souvent normale
Ecchymose superficielle en l'absence de traumatisme [Guide de pratique clinique] Tache rouge foncé circonscrite, étendue sous la conjonctiveAucun écoulementSensation de corps étrangerClaireAcuité visuelle normale. Mesurer la pression artérielle, penser à la possibilité d'une plaie.

Rougeur conjonctivale

  • Plus prononcé au cul-de-sac conjonctival
  • La zone péricornéenne reste généralement de couleur claire.
  • Lorsque la conjonctive est déplacée, les vaisseaux se déplacent avec elle.
  • Souvent bilatérale
  • Causes : sécheresse oculaire, conjonctivite (bactérienne, virale, fongique, allergique)

Rougeur péricornéenne ou rougeur entourant la cornée

  • Zone circulaire érythémateuse au bord de la cornée
  • Les artères ciliaires antérieures de l'œil sont dilatées, en signe d'inflammation de la cornée, de l'iris ou du corps ciliaire.
  • Souvent unilatérale
  • Causes : iritis (uvéite antérieure) [Guide de pratique clinique] , glaucome aigu à angle fermé [Guide de pratique clinique]

Rougeur locale

  • Dans l'épisclérite [Guide de pratique clinique] (illustration 2), rougeur locale, souvent sectorielle des vaisseaux sanguins dans le tissu conjonctif entourant la sclère (épisclère)
    • Lorsqu'on déplace la conjonctive avec un coton-tige, les vaisseaux sanguins plus profonds accentués ne bougent pas.

    2

    : Episcleritis

  • En cas d’écchymose superficielle, on observe une accumulation sous-conjonctivale solide de sang rouge foncé.

Bilan

  • Si un patient atteint de conjonctivite présente des symptômes sévères ou prolongés, prélever immédiatement des échantillons pour analyse microbienne. Si le patient présente des symptômes simultanés des voies urinaires, prélever un échantillon conjonctival ou urinaire pour détecter la chlamydia.
  • La coloration à la fluorescéine (un collyre ou une bande de fluorescéine appliquée sur la conjonctive) et un examen à la lumière bleue permettront de différencier la kératite de l'érosion cornéenne [Guide de pratique clinique] .
  • L'asymétrie des pupilles, la photophobie et la rougeur péricornéenne suggèrent l'uvéite antérieure [Guide de pratique clinique] .
  • La sensibilité oculaire à la palpation et une rougeur locale suggèrent l'épisclérite [Guide de pratique clinique] .
  • Pression intraoculaire fortement élevée (30–50 mmHg), globe oculaire dur à la palpation, douleur intense, vision altérée, cornée opaque et pupille mi-dilatée sont des signes de glaucome aigu à angle fermé [Guide de pratique clinique] .

Référence à un ophtalmologue

  • Si les symptômes d'une maladie traitée par un médecin généraliste (tableau 1) se prolongent, référer le patient à un ophtalmologue.
    • Sécheresse oculaire : si elle n'est pas soulagée par traitement en 1 à 3 mois
    • Conjonctivite : si elle n'est pas soulagée par traitement en 1 à 2 semaines ou si on suspecte une infection à chlamydia
    • Corps étranger cornéen ou conjonctival : si la tentative de retrait échoue encore à la deuxième visite
    • Ulcère cornéen : si la guérison ne débute pas au bout de 4 à 5 jours ou s'il s'agit d'un ulcère compliqué chez un patient rhumatoïde
    • Épisclérite : si la guérison ne commence dans 2 à 3 semaines, ou plus tôt, en cas de suspicion de sclérite
    • Ecchymose superficielle en l'absence de traumatisme : examens complémentaires si la pression artérielle du patient est élevée
  • Maladies à traiter par un ophtalmologue
    • Kératite [Guide de pratique clinique]
      • Rougeur péricornéenne
      • Dans les infections virales, écoulement clair et aqueux, dans les infections bactériennes écoulement purulent éventuel
      • Ophtalmodynie, douleur, photophobie ; les infections à adénovirus provoquent des symptômes graves
      • Cornée opaque, changements inflammatoires lors de la coloration à la fluorescéine
      • Réduction de l'acuité visuelle
    • Uvéite antérieure [Guide de pratique clinique]
      • Rougeur péricornéenne
      • Douleur oculaire, photophobie
      • Les cellules inflammatoires peuvent s'accumuler sur la surface interne de la cornée.
      • La pression intraoculaire est normale mais peut être élevée chez les patients atteints du syndrome de Posner-Schlossmann
      • L'acuité visuelle est souvent normale au début mais, à mesure que la maladie progresse, elle diminue souvent considérablement
      • Pupille souvent plus petite du côté affecté
    • Glaucome aigu à angle fermé [Guide de pratique clinique]
      • Rougeur péricornéenne ou généralisée
      • Douleur oculaire sévère, céphalées et nausées
      • Cornée opaque sur toute sa surface
      • Pression intraoculaire élevée, dépassant souvent 30 mmHg
      • Acuité visuelle souvent sévèrement réduite ; phénomène de halo
      • Globe oculaire dur à la palpation
    • Endophtalmie
      • À garder à l'esprit, en particulier si les symptômes surviennent dans les 2 à 5 jours suivant une injection dans le corps vitré ou après une chirurgie de la cataracte.
      • Œil fortement injecté de sang
      • Chémosis (liquide sous la conjonctive)
      • L'accumulation de cellules inflammatoires dans la chambre antérieure (hypopyon) peut être visible à l'œil nu sous forme de sédiment blanc dans la chambre antérieure
      • Douleur, photophobie, céphalées
      • Cornée opaque
      • Pression intraoculaire éventuellement élevée
      • Vision considérablement réduite
    • Sclérite
      • Rare mais menaçant la vision si le diagnostic est retardé
      • Rougeur locale des vaisseaux sanguins scléraux
      • Les vaisseaux sanguins plus profonds ne bougent pas lorsqu'on déplace la conjonctive.
      • Léger écoulement aqueux
      • Douleur légère à sévère ; sensibilité locale
      • Possibilité de photophobie
      • L'acuité visuelle peut être réduite